Eolienne Bollée
Joyau industriel de la fin du XIXe siècle, l'éolienne Bollée d'Amboise incarne le génie mécanique français : une double turbine coaxiale brevetée, un escalier hélicoïdal et une histoire d'eau et de vent.
History
Au détour du Val de Loire, à Amboise, se dresse un objet architectural aussi discret qu'extraordinaire : l'éolienne Bollée, témoin intact d'une révolution technologique portée par un ingénieur visionnaire de la seconde moitié du XIXe siècle. Classée monument historique en 1991, elle appartient à cette catégorie rare de patrimoines industriels qui conjuguent prouesse mécanique et élégance formelle. Ce qui frappe d'emblée, c'est l'intégrité de l'ensemble. Là où tant de machines de cette époque ont été démontées, fondues ou oubliées, l'éolienne Bollée a conservé la quasi-totalité de ses composants d'origine : la colonne creuse, l'escalier hélicoïdal qui l'enserre comme un lierre de métal, la double turbine avec son rotor et son stator, et même la pompe à piston dans ses entrailles. Seule l'hélice orientatrice manque à l'appel, emportée par le temps et les aléas climatiques. L'expérience de visite tient autant de la contemplation esthétique que de l'émerveillement technique. Gravir l'escalier hélicoïdal jusqu'à la plate-forme sommitale, c'est comprendre de l'intérieur le principe même de la machine : comment le vent, capté et démultiplié par deux turbines superposées, descendait le long de la colonne pour actionner la pompe et acheminer l'eau jusqu'au château et aux jardins de la propriété. Le cadre amboisien amplifie la singularité du lieu. Nichée dans un parc verdoyant, à deux pas du château royal d'Amboise et de la demeure du Clos Lucé où vécut Léonard de Vinci, l'éolienne Bollée s'inscrit dans un territoire de découvertes et d'inventions. Elle rappelle que le génie technique n'est pas l'apanage de notre époque, et que le XIXe siècle a su, lui aussi, capter les forces invisibles de la nature pour les mettre au service du quotidien.
Architecture
L'éolienne Bollée d'Amboise appartient au type dit « à colonne », correspondant au brevet de 1885 qui représente l'aboutissement de la réflexion technique d'Ernest Bollée. La structure centrale est une colonne métallique creuse, élancée, qui remplit à la fois une fonction porteuse et une fonction mécanique : c'est le long de cet axe que se transmet le mouvement rotatif de la turbine jusqu'à la pompe à piston logée en pied d'ouvrage. Autour de cette colonne s'enroule un escalier hélicoïdal en métal forgé, à la fois élément fonctionnel — donnant accès à la plate-forme sommitale — et motif ornemental d'une belle rigueur formelle. Au sommet de la colonne, la double turbine constitue le cœur du dispositif breveté. Le rotor, turbine mobile, reçoit l'énergie cinétique du vent et la convertit en rotation mécanique. Le stator, turbine fixe et coaxiale, récupère le flux résiduel et amplifie le rendement de l'ensemble. Un pavillon de protection coiffe l'assemblage, le mettant à l'abri des intempéries tout en dégageant les pales au vent. L'orientateur d'hélice — dont seul le mécanisme subsiste, l'hélice elle-même ayant disparu — assurait l'orientation automatique de la turbine face au vent dominant, sans nécessiter d'intervention manuelle. L'ensemble témoigne d'un soin particulier apporté à la finition, caractéristique des éoliennes Bollée destinées aux propriétés aisées : la fonte et le fer travaillés avec précision, les assemblages boulonnés de belle facture, et cette cohérence formelle propre aux objets industriels du XIXe siècle qui n'avaient pas encore dissocié esthétique et fonctionnalité.


