Ensemble sportif
À Bordeaux, un portique Gabriel du XVIIIe siècle cohabite avec une piscine Art déco des années 1930, formant l'un des ensembles sportifs les plus audacieux de l'Entre-Deux-Guerres.
History
Au cœur de Bordeaux, l'Ensemble sportif constitue une rencontre improbable et magnifique entre deux époques : un portique néoclassique signé Ange-Jacques Gabriel, rescapé du XVIIIe siècle, accueille le visiteur à l'entrée d'un complexe résolument moderne conçu dans les années 1930. Cette juxtaposition n'est pas un accident de l'histoire, mais un geste urbain délibéré, révélateur de l'ambition culturelle et sociale de Bordeaux entre les deux guerres mondiales. L'ensemble, livré en 1934 sous la direction de l'architecte parisien Louis Madeline, regroupe une piscine dotée d'un bassin couvert et d'un bassin en plein air, une maison communale d'éducation physique et de vastes terrains de sport. L'édifice incarne pleinement les idéaux hygiénistes et républicains de l'époque : offrir au plus grand nombre les bienfaits du sport et du corps sain, dans un écrin architectural digne de cette ambition. Ce qui rend ce lieu véritablement unique, c'est la présence du portique de l'ancienne école d'équitation royale, démonté pierre par pierre et remonté ici comme un vestige noble réinterprété. Son fronton sculpté par Claude Francin, représentant le char du soleil conduit par Apollon, dialogue avec la sobriété fonctionnelle du béton madélinien dans un face-à-face saisissant entre Ancien Régime et modernité sociale. Pour le visiteur passionné d'architecture, la visite est une leçon d'urbanisme à ciel ouvert. Les lignes épurées du complexe sportif, la générosité des volumes intérieurs de la piscine et la présence solennelle du portique baroque composent un tableau rare, à la croisée de l'histoire de l'art et de l'histoire sociale. Photographes et amateurs de patrimoine industriel y trouveront une matière exceptionnelle. L'ensemble s'inscrit dans la grande aventure architecturale bordelaise de l'entre-deux-guerres, période durant laquelle la ville investit massivement dans ses équipements publics avec une ambition esthétique sans équivalent en province. Ce monument doublement inscrit aux Monuments Historiques témoigne d'une époque où construire un stade ou une piscine relevait autant de la politique culturelle que de l'urbanisme.
Architecture
Le portique de l'ancienne école d'équitation, œuvre d'Ange-Jacques Gabriel datant de 1759, s'impose d'emblée par sa noblesse classique. Composé de colonnes d'ordre dorique ou ionique à l'antique, il est couronné d'un fronton triangulaire dont le tympan est animé par un groupe sculpté de Claude Francin illustrant le char du soleil. La pierre de taille bordelaise, aux teintes blondes caractéristiques, lui confère cette élégance lumineuse propre à l'architecture néoclassique girondine du XVIIIe siècle. Sa mise en œuvre soignée, typique des grands travaux royaux de l'époque, contraste avec la sobriété revendiquée du bâti moderne qui l'entoure. L'ensemble sportif conçu par Louis Madeline entre 1932 et 1934 appartient au courant du modernisme fonctionnaliste teinté d'Art déco, courant dominant des équipements publics français de l'Entre-Deux-Guerres. Le béton armé est utilisé avec une liberté formelle assumée : grandes travées vitrées, toitures en terrasse, volumes géométriques clairs. La piscine couverte, cœur du dispositif, développe un hall de natation aux proportions généreuses, éclairé par des baies latérales qui jouent la transparence et la lumière. Les façades extérieures, rythmées par des pilastres et des registres horizontaux, expriment une monumentalité sobre, appropriée à un équipement à vocation civique. La complémentarité entre les deux temporalités architecturales constitue la grande singularité du site : le portique Gabriel agit comme un propylée solennel donnant accès à un espace de modernité sociale et sportive. Cette séquence spatiale, du vestibule historique aux bassins contemporains, fait de l'ensemble un parcours architectural à part entière, unique en France dans sa combinaison de patrimoine royal et d'architecture républicaine du XXe siècle.


