Eglise Sainte-Marthe
Au cœur de Tarascon, la collégiale Sainte-Marthe abrite la crypte légendaire de la sainte qui aurait dompté la Tarasque, gardienne millénaire d'un mythe provençal inscrit au patrimoine de l'UNESCO.
History
Dressée au cœur de Tarascon, à quelques enjambées du puissant château du roi René qui domine le Rhône, la collégiale Sainte-Marthe est bien plus qu'une église : c'est un sanctuaire vivant, nœud d'une légende qui a traversé les siècles et qui continue d'irriguer l'imaginaire provençal. Classée monument historique dès 1840 — parmi les tout premiers édifices protégés en France —, elle témoigne d'une dévotion ininterrompue depuis le Haut Moyen Âge. Ce qui rend Sainte-Marthe véritablement singulière, c'est la coexistence, sous un même toit, de deux temps architecturaux distincts : une nef gothique élancée, lumineuse et aérienne, surmontant une crypte romane d'une sobriété saisissante, où la pierre calcaire de Provence semble retenir encore la fraîcheur du temps carolingien. C'est dans cette crypte, plongée dans une semi-pénombre dorée, que repose selon la tradition la dépouille de sainte Marthe elle-même — sœur de Marie-Madeleine et de Lazare, venue, dit-on, évangéliser la Gaule après la mort du Christ. Le visiteur qui franchit le portail sculpté de la façade méridionale entre dans un espace où l'art et la foi se répondent avec une cohérence rare. Les chapelles latérales recèlent des tableaux d'école provençale et italienne du XVIe au XVIIIe siècle, tandis que le chœur conserve des stalles en bois sculpté d'une grande finesse. La lumière de fin d'après-midi, filtrée par les vitraux, nimbe l'ensemble d'une chaleur ocre et ambrée typiquement méridionale. Tarascon elle-même forme un écrin idéal : ville de caractère sur la rive gauche du Rhône, face à Beaucaire, elle se parcourt à pied entre ruelles médiévales, façades Renaissance et marchés animés. Sainte-Marthe en est l'âme spirituelle, indissociable de la fête de la Tarasque — procession médiévale reconnue par l'UNESCO au titre du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Architecture
L'église Sainte-Marthe présente une architecture à double registre, révélatrice de son histoire longue et complexe. La partie inférieure — la crypte — relève du roman provençal des XIe-XIIe siècles : voûtes en berceau brisé reposant sur des colonnes monolithiques au galbe robuste, chapiteaux sobrement ornés de motifs végétaux ou géométriques, et appareil de calcaire clair taillé avec soin. L'atmosphère y est recueillie, presque hypnotique, avec une acoustique particulièrement saisissante qui amplifie le moindre murmure. La nef supérieure, reconstruite et agrandie entre le XIIIe et le XVe siècle, adopte le vocabulaire du gothique méridional : vaisseau relativement large et trapu comparé au gothique septentrional, fenêtres hautes permettant une belle pénétration de lumière, chapelles latérales ouvertes sur la nef par des arcs en tiers-point. La façade principale, côté sud, est ornée d'un portail sculpté aux voussures chargées de motifs feuillagés et de figures saintes, témoignage d'une sculpture provençale influencée par les ateliers italiens. La tour-clocher, sobre et carrée, s'inscrit dans la tradition campanaire des clochers romans de Provence. À l'intérieur, le mobilier mérite une attention particulière : stalles en bois sculpté du chœur, retables peints d'école italianisante, et surtout la châsse reliquaire de sainte Marthe, objet de dévotion populaire intense. La pierre calcaire blonde, caractéristique des Bouches-du-Rhône, donne à l'ensemble une chaleur lumineuse qui s'accentue aux heures dorées de la journée.


