
Eglise Sainte-Marie-Madeleine
Ancienne chapelle des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, l'église Sainte-Marie-Madeleine de Villefranche-sur-Cher étonne par son rare clocher hexagonal roman et ses chapiteaux sculptés du XIIe siècle.

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History
Au cœur du Berry solognot, l'église Sainte-Marie-Madeleine de Villefranche-sur-Cher s'impose comme l'un des témoignages romans les plus singuliers du Loir-et-Cher. Érigée dans le troisième quart du XIIe siècle pour servir la commanderie des chevaliers de l'Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, elle porte encore dans sa pierre la gravité austère et la spiritualité tendue propres à l'architecture des ordres militaires médiévaux. Ce qui frappe d'emblée, c'est la silhouette inattendue du clocher : hexagonal, il tranche avec les habituels clochers carrés ou octogonaux du roman berrichon et constitue à lui seul une curiosité architecturale digne d'attention. Sa forme géométrique insolite évoque les influences venues d'Orient que les chevaliers hospitaliers rapportaient de leurs expéditions en Terre sainte, donnant à l'édifice une dimension symbolique qui dépasse la simple fonction liturgique. L'intérieur réserve de belles surprises : malgré les remaniements du XVIIIe siècle qui ont rogné deux travées de la nef primitive, la croisée du transept et les bras latéraux conservent une remarquable cohérence romane. Les chapiteaux sculptés et les culs-de-lampe témoignent du savoir-faire des tailleurs de pierre berrichons, avec leurs motifs végétaux stylisés et leurs visages expressifs suspendus dans la pénombre dorée de la pierre calcaire. La visite convie à une méditation silencieuse autant qu'à une enquête archéologique. Le plan en croix grecque — résultat des transformations successives — crée une spatialité équilibrée et recueillie, loin des cathédrales-spectacles. On y perçoit la vie quotidienne d'une communauté hospitalière qui soignait les pèlerins et les malades, à l'écart du vacarme de l'Histoire. Le cadre de Villefranche-sur-Cher, bourgade paisible aux portes de la Sologne, invite à prolonger la visite par une promenade dans ce pays de forêts et d'étangs.
Architecture
L'église Sainte-Marie-Madeleine appartient pleinement au roman berrichon de la seconde moitié du XIIe siècle, caractérisé par la sobriété des volumes, la qualité de l'appareillage en pierre calcaire locale et la rigueur géométrique des compositions. Son plan actuel en croix grecque résulte des transformations successives qui ont ramené l'édifice à sa partie orientale la plus ancienne et la mieux conservée : transept, croisée et chœur. L'élément le plus remarquable de l'extérieur est sans conteste le clocher hexagonal élevé à la croisée du transept. Cette forme à six pans, rare dans la région, distingue immédiatement l'édifice des clochers romans habituels et a pu être influencée par les contacts que les chevaliers hospitaliers entretenaient avec l'architecture du Proche-Orient ou du monde méditerranéen. Les murs, bâtis en moellons de calcaire soigneusement assisés, présentent cette belle teinte ocre dorée caractéristique du Loir-et-Cher. L'abside en cul-de-four et les deux absidioles s'ouvrant sur les bras du transept restituent l'ordonnancement tripartite des chevets romans, avec leurs lésènes et leurs baies en plein cintre sobrement moulurées. À l'intérieur, l'espace de la croisée, couvert par le clocher, crée un effet de verticalité saisissant. Les chapiteaux sculptés qui ornent les colonnes engagées et les culs-de-lampe constituent le principal trésor de l'église : d'une facture typiquement romane, ils déploient un bestiaire et un répertoire végétal où feuillages stylisés, entrelacs et figures humaines se mêlent avec la fantaisie contrôlée propre aux ateliers berrichons du XIIe siècle. La lumière, filtrée par les baies étroites en plein cintre, baigne ces volumes d'une clarté tamisée qui exalte la matière de la pierre et invite au recueillement.


