Joyau gothique breton du XVe siècle, l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice abrite un jubé sculpté exceptionnel et une chapelle funéraire baroque qui défient le temps depuis quatre siècles.
Nichée au pied du promontoire rocheux qui domine la vallée de l'Élorn, l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice est l'une des plus belles expressions de l'art religieux breton de la fin du Moyen Âge. Sa silhouette sobre, bâtie en monolithes de schiste ardoisier tirant vers le bleu-gris, s'inscrit avec une évidente noblesse dans le paysage du Léon finistérien, à quelques kilomètres seulement de Landerneau. Ce qui distingue immédiatement Saint-Yves de tant d'autres édifices paroissiaux bretons, c'est la cohérence et la richesse de son intérieur. Dès le franchissement du seuil, l'œil est saisi par le berceau lambrissé qui couvre les trois nefs — un dispositif typiquement breton — et plus encore par les peintures qui ornent encore la voûte de la nef centrale et du chœur, témoignages fragiles et précieux d'une iconographie médiévale en grande partie disparue dans la région. Le jubé constitue sans conteste le trésor absolu de l'édifice. Cet écran de pierre séparant la nef des fidèles du chœur réservé au clergé est un chef-d'œuvre de la sculpture bretonne, avec ses arcatures finement découpées et ses deux dais latéraux accueillant des statues en ronde bosse. Rares sont les jubés bretons à avoir survécu aux siècles ; celui de Saint-Yves appartient à ce cercle très fermé des pièces irremplaçables. À l'extérieur, la chapelle funéraire de 1639, qui se déploie parallèlement à la façade occidentale, offre une synthèse étonnante : construite au XVIIe siècle dans un vocabulaire résolument XVIe, elle témoigne de la persistance du style Renaissance en Basse-Bretagne bien après que Paris eût adopté le classicisme. La visite de l'ensemble prend une dimension intime et presque hors du temps, loin des foules des grandes enclos paroissiaux.
L'église Saint-Yves est un édifice à trois nefs de plan basilical, dont la structure gothique tardive est caractéristique du Léon finistérien. L'absence de voûte en pierre au profit d'un berceau lambrissé en bois — solution courante dans l'architecture paroissiale bretonne — allège considérablement la construction et permet une charpente d'une grande ampleur. Les murs de la nef, bâtis en monolithes de schiste ardoisier, présentent une surface d'une sobriété austère que tranche la polychromie conservée des peintures de la voûte centrale et du chœur, véritables bibles illustrées pour une assemblée largement illettrée. Le jubé est l'élément le plus spectaculaire sur le plan architectural. Prenant appui sur les piliers qui délimitent le chœur, il se compose d'une galerie ajourée surmontée d'une corniche, et se prolonge latéralement en deux dais sculptés accueillant des statues, probablement des apôtres ou des saints patrons. Ce dispositif liturgique, progressivement démoli dans la plupart des églises françaises entre le XVIIe et le XIXe siècle, a survécu ici dans une intégrité exceptionnelle. La chapelle funéraire de 1639, accolée à la façade occidentale et se développant parallèlement à celle-ci, présente un plan rectangulaire simple, animé d'un décor en façade qui puise dans le répertoire Renaissance : ordres superposés, niches, moulures en bandeau. Malgré sa date tardive, elle constitue une œuvre cohérente et raffinée, témoignage du conservatisme stylistique délibéré des commanditaires bretons du premier XVIIe siècle.
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La Roche-Maurice
Bretagne