
Eglise Saint-Martin
Nichée au cœur du Chinonais, l'église Saint-Martin de Lerné dévoile une abside romane du XIIe siècle d'une rare élégance, couronnée de colonnettes à chapiteaux à crochets et enrichie de bas-reliefs Renaissance d'une grande finesse.

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History
Au village de Lerné, à quelques lieues de Chinon dans le val de Vienne, l'église Saint-Martin se dresse comme un condensé de l'art sacré tourangeau sur plusieurs siècles. Modeste en apparence, elle révèle à l'œil attentif une stratification architecturale d'une remarquable cohérence, où chaque époque a laissé sa signature sans jamais défigurer l'ensemble. C'est l'une de ces églises rurales de l'Anjou-Touraine qui, loin de toute ostentation, concentrent en quelques mètres carrés l'essentiel du génie bâtisseur médiéval et Renaissance. Ce qui rend Saint-Martin de Lerné véritablement unique, c'est la coexistence heureuse de son abside semi-circulaire romane — percée de fenêtres en plein cintre encadrées de fines colonnettes à chapiteaux à crochets — et de ses voûtes Renaissance qui habillent la nef d'une légèreté gothique tardive. La travée ornée de bas-reliefs sculptés à la clé et sur les doubleaux constitue un véritable joyau de la décoration du XVIe siècle en Touraine, d'autant plus précieux qu'il survit dans son écrin d'origine. La visite de l'église invite à une lecture minutieuse du bâtiment : les bas-côtés ajoutés à la Renaissance élargirent l'espace sans rompre l'harmonie primitive, tandis que le chevet à pans coupés, surélevé ultérieurement, apporte une silhouette inattendue qui surprend agréablement depuis le cimetière attenant. Le visiteur prendra le temps de faire le tour extérieur du chevet pour saisir ces strates chronologiques gravées dans la pierre calcaire de Touraine. Le cadre villageois de Lerné, entouré de vignes et de bocages du Chinonais, prolonge l'expérience : ce territoire est celui de Rabelais, dont l'abbaye natale de Seuilly — à laquelle était précisément rattachée la cure de Lerné — se trouve à quelques kilomètres. Visiter Saint-Martin, c'est aussi fouler la terre que l'auteur de Gargantua connaissait intimement. Un dépaysement total à moins d'une heure de Tours.
Architecture
L'église Saint-Martin de Lerné présente un plan à nef unique flanquée de deux bas-côtés ajoutés au XVIe siècle, terminée par une abside semi-circulaire romane qui en constitue le morceau de bravoure. Les matériaux employés sont ceux du pays : le tuffeau, cette pierre calcaire blanche et tendre caractéristique de la Touraine, facile à travailler et propice aux sculptures fines, qui donne aux édifices de la vallée de la Loire leur luminosité si particulière. L'abside est le point focal de l'édifice sur le plan architectural. Ses fenêtres en plein cintre, rythmées par de fines colonnettes monolithes surmontées de chapiteaux à crochets — motif végétal stylisé typique de la transition roman-gothique de la fin du XIIe siècle —, composent une élévation d'une grande sobriété raffinée. La nef, revoûtée au XVIe siècle selon un système d'ogives gothiques tardives, contraste harmonieusement avec la rigueur romane du chevet. Une travée se distingue par ses clés de voûte et ses doubleaux ornés de bas-reliefs sculptés Renaissance : rinceaux, motifs floraux ou figures symboliques dont le programme iconographique mérite une observation attentive. Extérieurement, le chevet à pans coupés, surélevé postérieurement à la construction médiévale, introduit une rupture volumétrique intéressante entre le tambour roman et la toiture. Les bas-côtés, construits au XVIe siècle dans la continuité stylistique de la nef revoûtée, allongent les façades latérales et ouvrent probablement par de simples baies en plein cintre ou en arc brisé. La tour-clocher, élément structurant de la silhouette villageoise, présente vraisemblablement les caractéristiques des campaniles romans tourangeaux, trapus et massifs, remaniés aux siècles suivants.


