Eglise Saint-Martin et Sainte-Croix
Nichée au cœur du Périgord Noir, l'église Saint-Martin et Sainte-Croix d'Allas-les-Mines dévoile un portail gothique à trois archivoltes et un clocher-mur percé de baies campanaires d'une rare élégance rurale.
History
Au détour des chemins boisés du Périgord Noir, le village d'Allas-les-Mines recèle un joyau méconnu de l'art roman et gothique languedocien : l'église Saint-Martin et Sainte-Croix, dont les pierres calcaires dorées au soleil racontent plus de sept siècles d'histoire sacrée et de vie communautaire. Monument inscrit depuis 1984, elle témoigne de la richesse architecturale discrète qui parsème la Dordogne, loin des foules mais non loin de la beauté. Ce qui distingue immédiatement l'édifice, c'est la composition savante de sa façade occidentale, découpée en trois registres horizontaux comme un retable de pierre. Le portail gothique à trois archivoltes en tiers-point, dont les arcs retombent sur un bandeau sculpté courant sur toute la profondeur du portail en guise de chapiteau, révèle un soin décoratif peu commun pour une église rurale de cette envergure. Les petites colonnettes à bases sculptées qui prolongent les archivoltes ajoutent une délicatesse toute médiévale à l'ensemble. À l'intérieur, la nef à trois travées voûtées d'arêtes offre une atmosphère de recueillement sobre et lumineuse. La troisième travée, flanquée de deux chapelles latérales ouvertes sur de grands arcs en plein cintre portés par des pilastres, crée l'illusion d'un transept qui anime l'espace et rompt la linéarité de la nef. Le chœur, couronné d'un cul-de-four, constitue le point focal de la composition intérieure, baignant l'abside d'une lumière douce et diffuse. Le visiteur attentif ne manquera pas la tourelle d'escalier cylindrique adossée au flanc sud-ouest de la façade, percée de meurtrières rappelant la vocation défensive que l'édifice a pu revêtir à certaines périodes troublées de la guerre de Cent Ans. Une tête féminine sculptée orne la tourelle, ajout mystérieux qui invite à la contemplation et à l'interprétation. Deux écussons héraldiques sculptés sous la plate-bande du troisième registre complètent ce programme iconographique d'une richesse inattendue. L'église s'intègre harmonieusement dans le paysage vallonné du Périgord, entourée de son ancien cimetière villageois et de la douceur des collines couvertes de chênes et de cultures. Un arrêt incontournable pour tout amateur d'art médiéval en quête d'authenticité, loin des circuits touristiques saturés de la région.
Architecture
L'église Saint-Martin et Sainte-Croix appartient à la tradition de l'architecture gothique méridionale, teintée d'influences romanes persistantes, typique du Périgord du XIVe siècle. Son plan longitudinal simple — nef à trois travées, fausse croisée de transept et chœur à abside — répond à une logique fonctionnelle et communautaire propre aux édifices paroissiaux ruraux. Les voûtes d'arêtes de la nef, moins sophistiquées que les croisées d'ogives des grandes cathédrales, n'en sont pas moins soigneusement appareillées et confèrent à l'espace intérieur une robustesse caractéristique. Les deux chapelles latérales de la troisième travée, ouvertes par de grands arcs en plein cintre portés sur des pilastres, créent un effet de transept très réussi. Le chœur se conclut par un cul-de-four, héritage direct de la tradition romane qui perdure dans les édifices du Périgord bien après l'avènement du gothique. La façade occidentale constitue la pièce maîtresse de l'édifice et concentre l'essentiel du programme ornemental. Organisée en trois registres horizontaux délimités par des plates-bandes, elle présente au premier niveau un portail à trois archivoltes en tiers-point d'une grande finesse, dont le bandeau sculpté courant en guise de chapiteau sur toute la profondeur du portail témoigne d'une maîtrise technique avérée. Le second registre, encadré par deux contreforts prolongeant les piédroits, est percé d'une baie en plein cintre qui éclaire la nef. Le troisième registre accueille le clocher-mur rectiligne, percé de trois baies campanaires en arc brisé. La tourelle cylindrique à meurtrières accolée au sud-ouest, ornée d'une tête féminine sculptée, et les deux écussons héraldiques — l'un aux trois quadrupèdes, l'autre aux deux quadrupèdes et une tête de bovidé — enrichissent encore cette façade d'une iconographie héraldique et décorative d'un grand intérêt.


