Eglise Saint-Martin
Collégiale fondée par Gaston III de Foix-Candale, sanctuaire funéraire des puissants ducs d'Épernon avec sa crypte et sa somptueuse clôture de marbres polychromes au cœur du Bordelais.
History
Au cœur de Cadillac, petite cité médiévale lovée sur la rive droite de la Garonne, l'église Saint-Martin s'impose comme l'un des joyaux méconnus du patrimoine religieux aquitain. Collégiale d'origine, fondée à la fin du XVe siècle par une grande figure de la noblesse gasconne, elle mêle les ambitions spirituelles et dynastiques d'une aristocratie qui entendait inscrire sa puissance dans la pierre pour l'éternité. Ce qui rend Saint-Martin véritablement singulière, c'est sa double vocation : édifice de culte et mausolée aristocratique. La chapelle funéraire méridionale, adossée à la nef comme un écrin précieux, abrite les tombeaux des ducs d'Épernon, grande famille qui domina le sud-ouest de la France au tournant des XVIe et XVIIe siècles. Sous cet espace se déploie une crypte, rare en Gironde, qui confère au lieu une profondeur symbolique et architecturale hors du commun. Le visiteur est immédiatement saisi par la qualité de la clôture séparant la chapelle funéraire de la nef : un ouvrage de pierre et de marbres polychromes d'une finesse d'exécution remarquable, véritable frontière entre le monde des vivants et celui des morts illustres. La charpente d'origine de la nef, conservée depuis la reconstruction du XVIe siècle, témoigne d'un savoir-faire de compagnons qui traversa les siècles sans altération majeure. La façade ouest et le clocher, refaits par l'architecte Labbé vers 1865 dans un style néo-médiéval soigné, offrent au monument une silhouette reconnaissable depuis les rues commerçantes de Cadillac. Ce dialogue discret entre époques — gothique flamboyant, Renaissance et restauration du XIXe siècle — fait de Saint-Martin un palimpseste architectural d'une grande richesse. Visite idéale en combinaison avec le château ducal de Cadillac tout proche, classé monument historique, et les vignobles des Premières Côtes de Bordeaux qui enveloppent la ville : Saint-Martin s'inscrit dans un territoire où l'histoire et la beauté paysagère se renforcent mutuellement.
Architecture
L'église Saint-Martin adopte un plan à nef unique de cinq travées, disposition fréquente dans le gothique méridional qui privilégie la clarté de l'espace intérieur à la complexité du plan basilical. Cette sobriété de conception contraste avec la richesse du mobilier et des éléments décoratifs qui jalonnent l'édifice. La charpente en bois de la nef, conservée depuis la reconstruction de 1541-1544, est un document architectural de premier ordre : ses poutres et ses membrures témoignent des techniques de charpenterie de la Renaissance, encore proches des pratiques gothiques mais intégrant progressivement des influences nouvelles. La chapelle funéraire, greffée au flanc sud de la nef au début du XVIIe siècle, constitue l'élément le plus spectaculaire de l'édifice. Elle communique avec la nef par une clôture de pierre et de marbres polychromes — blancs, noirs, rouges et ocres — dont la sophistication ornementale évoque les grandes réalisations de la sculpture baroque française. Sous la chapelle s'ouvre la crypte, accessible depuis l'intérieur, espace de recueillement aux proportions intimes, voûté en berceau, qui abrite les sépultures ducales dans une atmosphère de gravité saisissante. La façade occidentale et le clocher, remaniés vers 1865 par l'architecte Labbé, présentent un vocabulaire néo-gothique maîtrisé : portail à voussures moulurées, baies lancéolées et clocher à flèche polygonale qui structure la silhouette du monument dans le paysage urbain de Cadillac. Les matériaux dominants sont la pierre calcaire de la région, typique de la construction girondine, qui confère à l'ensemble une teinte dorée chaleureuse sous la lumière du Bordelais.


