
Eglise Saint-Martial
Aux portes de la Loire, l'église Saint-Martial de Châteauneuf abrite un trésor insoupçonné : le fastueux mausolée en marbre du secrétaire d'État de Louis XIV, chef-d'œuvre du sculpteur Domenico Guidi.

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History
Dressée au cœur de Châteauneuf-sur-Loire, l'église Saint-Martial est bien plus qu'un édifice de culte ordinaire : c'est un palimpseste de pierre traversant sept siècles d'histoire française. Sa silhouette sobre, coiffée d'un clocher carré trapu, dissimule une intériorité d'une richesse insoupçonnée, où se superposent les marques du temps médiéval et les fastes de la monarchie absolue. Franchir le seuil de Saint-Martial, c'est entrer dans un dialogue architectural rare entre le gothique et le classicisme. La nef à trois vaisseaux réserve à l'œil des transitions saisissantes : des voûtes en berceau de bois aux sobres voûtes d'arêtes de pierre, des fenêtres lancéolées du XIIIe siècle aux ouvertures remaniées du XVe. Chaque travée raconte une autre époque, un autre chantier, une autre ambition. La pièce maîtresse de l'édifice est sans conteste le mausolée de Louis Phélypeaux de La Vrillière, installé dans l'avant-dernière travée de la nef droite. Sculpté dans un marbre d'une blancheur lumineuse par l'Italien Domenico Guidi, ce monument funéraire digne des grandes nécropoles royales introduit dans cette église de bourg une ambition plastique tout à fait exceptionnelle. Le sanctuaire, fermé par un imposant retable du XVIIe siècle qui occulte partiellement les fenêtres gothiques, crée un effet de scène théâtrale saisissant, où l'or et la pierre se disputent la lumière filtrée. Cette juxtaposition entre dépouillement médiéval et magnificence baroque confère à Saint-Martial une atmosphère unique, entre recueillement et étonnement. Monument historique classé depuis 1862, l'église s'inscrit dans le riche patrimoine du Val de Loire. Nichée dans une commune riveraine de la Loire royale, elle constitue une étape incontournable pour qui cherche à dépasser les itinéraires balisés et à découvrir les chefs-d'œuvre discrets que recèle le Loiret.
Architecture
L'église Saint-Martial se présente comme un édifice à trois nefs séparées par des arcades, couronné d'un clocher carré massif à la croisée occidentale et terminé par une abside semi-octogonale à l'orient. Ce plan allongé, caractéristique des églises paroissiales gothiques du Centre-Loire, révèle à l'analyse les strates de sa longue construction. Les deux premières travées, les plus anciennes, sont couvertes de voûtes en berceau de bois, solution économique et légère qui contraste avec les voûtes d'arêtes en pierre qui couvrent les travées suivantes jusqu'au sanctuaire. Six fenêtres en lancette du XIIIe siècle, aux arcs sobrement moulurés, percent toujours les murs de ces travées primitives. Le clocher, entièrement reconstruit au XVe siècle, adopte un profil carré trapu aux angles appareillés avec soin. Son intérieur est aujourd'hui largement ouvert au ciel, ses voûtes ayant disparu ; seules les amorces des arcs diagonaux, engagées dans la maçonnerie, rappellent l'ambition initiale de sa couverture. L'abside semi-octogonale, éclairée par les fenêtres gothiques tardives du XVe siècle en partie condamnées par le retable baroque, offre depuis l'extérieur une lecture élégante du chevet gothique ligérien. L'intérieur est dominé par le contraste entre la retenue médiévale de la nef et l'exubérance du retable du XVIIe siècle qui structure le sanctuaire. Mais c'est le mausolée de Louis Phélypeaux de La Vrillière qui concentre la valeur artistique la plus haute : sculpté dans un marbre blanc et coloré par Domenico Guidi, il déploie une composition à l'italienne mêlant figures allégoriques, portrait du défunt et épitaphe soignée, dans la tradition des grands mausolées romains de la seconde moitié du XVIIe siècle.


