Eglise paroissiale Saint-Lubin
Joyau du gothique tardif en Eure-et-Loir, l'église Saint-Lubin du Boullay-Thierry séduit par sa tour-clocher à coupole pyramidale et sa tourelle hexagonale, témoins raffinés de la générosité de grandes familles seigneuriales du XVe siècle.
History
Au cœur du paisible village du Boullay-Thierry, dans ce canton de Nogent-le-Roi où le gothique flamboyant a laissé ses plus belles empreintes rurales, l'église paroissiale Saint-Lubin s'impose comme un exemple remarquable de l'architecture religieuse de la fin du Moyen Âge. Modeste en apparence, elle recèle une cohérence architecturale rare : vaisseau unique, tour-clocher couronnée d'une coupole à quatre pans, tourelle hexagonale greffée en saillie — autant de signes d'une commande ambitieuse portée par l'aristocratie locale. Ce qui rend Saint-Lubin véritablement singulier, c'est la lisibilité de son histoire inscrite dans la pierre. Les larmiers qui rythment les étages de la tour, les décors sculptés aux vocabulaires gothiques tardifs, la chapelle seigneuriale ouvrant sur le chœur depuis le XIXe siècle : chaque élément raconte une strate de dévotion et de mécénat. Le visiteur attentif saisit d'emblée que cette église fut un lieu de représentation autant que de prière, à la croisée du sacré et du pouvoir local. L'expérience de visite est celle d'une découverte intime. Loin des foules des grandes cathédrales, Saint-Lubin invite à une contemplation silencieuse. On arpente le vaisseau unique dans sa plénitude, on lève les yeux vers les nervures caractéristiques du gothique tardif, on s'attarde sur les détails sculptés qui révèlent, sous la lumière rasante d'un après-midi d'automne, toute leur finesse d'exécution. Le cadre environnant renforce ce sentiment de plénitude : le village du Boullay-Thierry, niché dans les douces ondulations du plateau beauceron, offre un écrin de calme verdoyant. Les communs du château voisin, auxquels la chapelle méridionale communiquait jadis directement, rappellent que ce territoire fut longtemps organisé autour d'une vie seigneuriale structurée. Une halte idéale pour quiconque sillonne les routes du patrimoine entre Chartres et Dreux.
Architecture
L'église Saint-Lubin s'inscrit dans une typologie précise, bien documentée dans le canton de Nogent-le-Roi : celle de l'église à vaisseau unique, formule prisée dans les campagnes du Dunois et du Thymerais à la fin du Moyen Âge pour sa clarté spatiale et sa relative économie de construction. Ce plan simple confère à l'intérieur une grande unité, favorisant la concentration du regard vers le chœur et son abside semi-circulaire, entourée au nord d'un couloir bas contournant l'hémicycle pour rejoindre la sacristie — une solution pratique et discrète typique de l'architecture rurale tardive. L'élément le plus saillant de la composition extérieure est indéniablement la tour-clocher, dont les étages sont scandés par des larmiers horizontaux finement moulurés. Cette tour se termine par une coupole à quatre pans, couronnement inhabituel qui lui confère une silhouette distinctive dans le paysage beauceron. Accolée à cette tour, la tourelle d'escalier hexagonale constitue un motif décoratif autant que fonctionnel, son plan à six côtés et ses colonnettes engagées attestant d'un soin particulier apporté à la composition d'ensemble. Les décors architecturaux — bases moulurées, fenestrages à remplages, frises sculptées — appartiennent au vocabulaire du gothique tardif ou flamboyant, avec sa prédilection pour les lignes courbes et les jeux de lumière sur la pierre. Au sud, la chapelle seigneuriale ajoutée au XIXe siècle par la famille de Boquestant introduit une rupture stylistique mesurée, intégrée avec pragmatisme à l'ensemble médiéval. Sa communication directe avec les communs du château témoigne d'une conception de l'espace religieux comme prolongement de l'espace seigneurial, tradition ancienne ici maintenue jusque tard dans l'histoire.


