Eglise Notre-Sauveur
Nichée au cœur de la Beauce, l'église Notre-Sauveur de Saint-Sauveur-Marville dévoile un lambris peint exceptionnel orné de vers rimés du XVIe siècle, témoignage rare d'un art décoratif médiéval d'une fraîcheur étonnante.
History
Au creux du plateau beauceron, dans le paisible village de Saint-Sauveur-Marville, se dresse une église dont la discrétion extérieure dissimule un trésor intérieur d'une singulière beauté. Notre-Sauveur appartient à cette catégorie de monuments qui réservent leurs surprises à ceux qui prennent la peine de pousser leurs portes : un édifice de pierre sobre, hérité du XIIe siècle, qui s'est enrichi au fil des décennies d'ajouts tardogothiques jusqu'au début du XVIe siècle. Ce qui distingue véritablement cette église parmi les dizaines d'édifices ruraux de l'Eure-et-Loir, c'est le lambris peint de la chapelle de la Vierge. Cet ensemble ornemental, composé de peintures décoratives et d'une longue inscription en vers répartie sur douze lignes, constitue un document exceptionnel : les vers content l'histoire même de l'œuvre, révèlent son auteur, sa date d'exécution et le nom du curé commanditaire. On se trouve face à un lambris qui parle de lui-même — un cas d'autoréférence artistique rarissime dans le patrimoine rural français. L'expérience de visite est celle d'une découverte progressive. L'architecture romane du chœur, avec ses volumes sobres et ses pierres blonde pâle caractéristiques du calcaire beauceron, contraste avec la fantaisie du décor tardogothique. La chapelle de la Vierge, plus intimiste, enveloppe le visiteur dans une atmosphère recueillie où le regard remonte naturellement vers les peintures du lambris, déchiffrant les vers comme une énigme du passé. Le cadre villageois contribue à l'authenticité de la visite. Saint-Sauveur-Marville, fusionnant la rigueur du plateau agricole et la douceur des vallées de la Beauce profonde, offre le calme propice à une halte contemplative. L'église, protégée au titre des Monuments Historiques depuis 1928 et ayant bénéficié d'une seconde inscription en 2014, témoigne d'une attention patrimoniale constante.
Architecture
Notre-Sauveur présente le plan caractéristique des églises rurales beauceroises : une nef unique ou à bas-côtés modestes, un chœur plat hérité de la tradition romane, et une chapelle latérale dédiée à la Vierge. L'élévation extérieure révèle la superposition des campagnes de construction : les parties basses, avec leurs contreforts plats et leurs fenêtres en plein cintre, trahissent l'origine romane du XIIe siècle, tandis que les parties hautes et les baies plus élancées annoncent les remaniements gothiques flamboyants du XVe siècle. La pierre calcaire beauceronne, de teinte blonde à gris clair selon l'exposition, assure à l'ensemble une belle unité chromatique. L'intérieur est dominé par la sobriété propre à l'architecture rurale médiévale : des voûtains en berceau ou légèrement en ogive couvrent la nef, tandis que les chapelles latérales s'ouvrent par des arcs en accolade typiques du gothique tardif. L'élément le plus remarquable demeure le lambris de la chapelle de la Vierge, exécuté au début du XVIe siècle. Ce plafond à caissons peints associe un décor végétal et géométrique à une inscription versifiée sur douze lignes, disposée sur le bas du lambris. La polychromie, aujourd'hui partiellement estompée par le temps mais demeurée lisible, témoigne d'une maîtrise certaine du peintre et d'un programme iconographique soigneusement pensé. Ce type de lambris inscrit, qui associe texte et image dans une même composition décorative, est extrêmement rare dans le patrimoine rural de l'Eure-et-Loir et place Notre-Sauveur dans une catégorie à part.


