
Eglise Notre-Dame
Au cœur du Vendômois, l'église Notre-Dame de Selommes dévoile un portail roman du XIIe siècle et un décor de moellons en opus spicatum d'une rare sophistication, témoignage fascinant de l'art roman rural du Loir-et-Cher.

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History
Nichée dans le paisible village de Selommes, aux confins du Vendômois, l'église Notre-Dame est l'un de ces joyaux discrets que la campagne ligérienne dissimule avec une modestie déconcertante. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1926, elle offre au visiteur attentif une leçon de pierre vivante sur les savoir-faire des bâtisseurs romans du XIIe siècle, loin des cathédrales célèbres mais non moins admirable dans ses détails. Ce qui distingue immédiatement Notre-Dame de Selommes, c'est la richesse ornementale de ses entraits : les sablières et poutres de charpente sont sculptées à leurs extrémités de têtes d'animaux fantastiques, de feuillages stylisés et de personnages énigmatiques, créant une galerie de figures médiévales qui peuplent l'espace sous le regard du visiteur. Cette caractéristique, rare dans les édifices ruraux de cette taille, témoigne d'un souci esthétique remarquable de la part des commanditaires et artisans locaux. Le portail occidental, conservé dans un état exceptionnel, constitue le point d'orgue de la façade. Ses colonnes à chapiteaux feuillagés, ses bases moulurées et son double arc en plein cintre avec cordon chanfreiné composent une entrée d'une élégance sobre, typique du roman tardif de la vallée du Loir. Le pignon oriental, véritable exercice de virtuosité décorative, multiplie les jeux d'appareillage — horizontal, opus spicatum, losangé, triangulaire — comme un kaléidoscope minéral qui n'a guère d'équivalent dans la région. La visite révèle également l'histoire mouvementée du clocher, dont la voûte en coupole sur pendentifs s'effondra autrefois, emportant avec elle des peintures murales médiévales dont on ne peut aujourd'hui qu'imaginer la splendeur. Ce qui subsiste parle encore : la tour carrée dressée au nord du chœur, les volumes sobres de la nef et du chœur non voûtés, l'atmosphère recueillie d'un espace qui n'a pas sacrifié son âme à la restauration. Selommes, village calme du Loir-et-Cher, offre un cadre bucolique idéal pour cette découverte. L'église s'inscrit naturellement dans un itinéraire de l'art roman vendômois, en compagnie d'autres édifices ruraux remarquables qui jalonnent la vallée du Loir entre Vendôme et Lavardin.
Architecture
L'église Notre-Dame de Selommes adopte un plan simple et rural, constitué d'une nef unique prolongée par un chœur, tous deux dépourvus de voûtement en pierre — une disposition modeste mais cohérente avec la production architecturale des paroisses rurales du Loir-et-Cher à l'époque romane. La charpente apparente, qui couvre l'ensemble, est ornée d'entraits dont les extrémités sculptées constituent l'un des attraits majeurs de l'édifice : têtes d'animaux fantastiques, frondaisons stylisées et silhouettes humaines y composent un bestiaire médiéval suspendu au-dessus des fidèles. Le portail occidental est la pièce maîtresse de la façade. Ses colonnes engagées reposent sur des bases moulurées et sont couronnées de chapiteaux à décor feuillagé d'une belle facture romane. L'ouverture est ménagée sous un arc en plein cintre, lui-même surmonté d'un second arc dont le cordon chanfreiné assure la transition décorative. L'ensemble évoque les ateliers romans actifs dans la vallée du Loir durant le second tiers du XIIe siècle. À la jonction du chœur et de la nef s'élève, côté nord, la tour-clocher carrée, dont la salle basse — aujourd'hui sacristie — conserve le souvenir d'une ancienne voûte en coupole sur pendentifs, effondrée lors d'un sinistre ancien. Le pignon oriental constitue une curiosité architecturale sans équivalent dans la région immédiate : les moellons y sont agencés selon une gamme croissante de motifs géométriques — disposition horizontale en base, opus spicatum au-dessus, puis moellons posés sur l'angle, losanges, triangles et variations complexes d'hexagones allongés. Cette accumulation de registres décoratifs, qui progresse du sol vers le faîte comme une démonstration pédagogique du vocabulaire lapidaire médiéval, confère au bâtiment une personnalité unique dans le paysage du roman vendômois.


