
Eglise Notre-Dame la Blanche
Fondée selon la légende par Childebert Ier au VIe siècle, l'église Notre-Dame la Blanche de Selles-sur-Cher fascine par sa frise romane illustrant la vie de saint Eusice, joyau sculpté d'une rare intensité.

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History
Au cœur de la ville de Selles-sur-Cher, dans ce Loir-et-Cher où la Sologne rencontre la Touraine, l'église Notre-Dame la Blanche se dresse comme un témoignage millénaire de la foi et de la résistance. Son nom évoque la blancheur de la pierre calcaire locale, ce tuffeau doux qui capte la lumière selon les heures du jour et donne à l'édifice une présence lumineuse, presque surnaturelle au crépuscule. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la frise sculptée qui ceint le chœur extérieur : un programme iconographique roman d'une finesse exceptionnelle, narrant épisode par épisode la vie de saint Eusice, moine thaumaturge du VIe siècle. Rares sont les églises rurales françaises à conserver un tel décor sculpté en plein air, livré aux siècles sans avoir été altéré par des restaurations maladroites. L'expérience de visite est celle d'un dialogue entre les âges : le visiteur passe du chœur mérovingien, chargé d'une gravité presque mystique, à la nef romane relevée au XIe siècle par le comte Thibault II, puis au lambris de bois du XVIe siècle, vestige discret mais éloquent des destructions causées lors des guerres de Religion. Chaque couche raconte une blessure ou une renaissance. Le cadre, pour sa part, n'est pas en reste. Selles-sur-Cher est une bourgade paisible au bord du Cher, entourée de vignobles produisant un fromage de chèvre AOC renommé. L'église se fond dans un tissu urbain modeste qui met paradoxalement en valeur son ancienneté et sa densité historique. Une halte incontournable pour quiconque remonte la vallée du Cher à la découverte de ses trésors discrets.
Architecture
L'église Notre-Dame la Blanche relève du style roman, avec un plan longitudinal simple composé d'une nef et d'un chœur clairement distincts, dont les origines et les histoires de chantier divergent de plusieurs siècles. Le chœur, considéré comme le noyau le plus ancien de l'édifice, présente à l'extérieur la pièce maîtresse de l'ensemble : une frise sculptée romane courant sur le pourtour, décrivant en bas-reliefs narratifs les épisodes de la vie de saint Eusice. Ce type de programme iconographique continu, traité avec une expressivité propre à l'art roman du XIIe siècle, est une rareté en milieu rural. Les personnages y sont traités avec sobriété et force, dans un style qui rappelle les ateliers sculpteurs actifs dans le Berry et la Touraine méridionale à cette époque. La nef, relevée au XIe siècle sur l'initiative de Thibault II, adopte les caractéristiques de l'architecture romane de la Loire : murs épais en moyen appareil de calcaire, fenêtres étroites à ébrasement simple, rythme puissant des supports. La toiture, sans doute remaniée à plusieurs reprises, couvre aujourd'hui une nef dont l'austérité intérieure est tempérée par le lambris en planches qui habille le chœur depuis le XVIe siècle, conséquence directe des destructions des guerres de Religion. Ce plafond de bois, inhabituel dans un chœur roman, crée un contraste saisissant et mélancolique avec la pierre taillée des murs.


