Dolmen dit Dolmen de la Forêt
Vestige mégalithique discret niché dans les bois de Gennes, ce dolmen néolithique témoigne d'une présence humaine vieille de 5 000 ans sur les coteaux de la vallée du Louet, aux portes de l'Anjou.
History
Au cœur de la forêt qui borde la commune de Gennes, dans ce coin du Maine-et-Loire où la vallée du Louet rejoint la Loire, se dresse en silence un monument d'une antiquité vertigineuse : le Dolmen de la Forêt. Inscrit aux Monuments Historiques en 1990, il appartient à cette constellation de mégalithes angevins qui font de la région l'un des territoires les plus riches de France en patrimoine néolithique, aux côtés du dolmen de la Madeleine ou des allées couvertes du Bagneux. Ce qui distingue ce dolmen, c'est précisément son écrin forestier. Contrairement aux menhirs isolés des landes ouvertes, il se découvre au fil d'un cheminement sous les frondaisons, surgissant entre les troncs comme une apparition minérale. Les grandes dalles de grès ou de schiste local, légèrement moussues, portent sur leur surface les marques millénaires du temps et de l'érosion. L'atmosphère qui règne autour du monument est celle d'un sanctuaire naturel, où le silence n'est troublé que par le bruissement des feuilles. La visite invite à une méditation sur la profondeur de l'occupation humaine du val de Loire. Les bâtisseurs de ce sépulcre collectif appartenaient à des communautés agropastorales parfaitement organisées, capables de déplacer et d'agencer des blocs pesant plusieurs tonnes avec une précision remarquable. L'intérieur de la chambre funéraire, une fois l'œil accommodé à la pénombre, révèle un espace sobre et puissant, conçu pour traverser les âges. Le site s'inscrit dans un territoire exceptionnel : Gennes recèle également un amphithéâtre gallo-romain, des vestiges romains et plusieurs autres mégalithes, ce qui en fait une escale incontournable pour tout passionné de préhistoire et d'Antiquité. Un après-midi à Gennes, entre dolmen et amphithéâtre, offre un saut de plusieurs millénaires dans l'histoire humaine, au fil de paysages ligériens d'une grande sérénité.
Architecture
Le Dolmen de la Forêt appartient à la grande famille des dolmens simples ou à couloir, typiques du Néolithique angevin. Sa structure repose sur le principe universel de l'architecture mégalithique : des orthostates — grandes dalles verticales fichées dans le sol — soutiennent une ou plusieurs tables de couverture horizontales, formant ainsi une chambre funéraire fermée. La chambre, de plan approximativement rectangulaire, mesure probablement entre deux et quatre mètres de longueur pour un à deux mètres de largeur, dimensions courantes pour les dolmens de cette région. Les matériaux employés sont caractéristiques de la géologie locale : le tuffeau, la silcrète ou les grès durs disponibles dans les affleurements du val de Loire constituent le matériau de prédilection des bâtisseurs néolithiques angevins. Les blocs, d'un poids pouvant dépasser plusieurs tonnes pour les tables de couverture, présentent une surface naturellement granuleuse que les siècles d'exposition aux intempéries ont rendue rugueuse et colonisée par les lichens, conférant au monument cette patine grise et verte si caractéristique des mégalithes anciens. À l'origine, le dolmen était très probablement recouvert d'un tumulus de terre et de pierres sèches, qui assurait à la fois la stabilité structurelle de l'ensemble et son aspect de monument funéraire imposant. L'érosion et les reprises de matériaux au fil des siècles ont fait disparaître ce manteau terreux, laissant apparaître la charpente lithique dans sa nudité architecturale. Cette mise à nu, commune à la plupart des dolmens français, transforme involontairement le monument en une sculpture minérale épurée, dont la puissance formelle n'était pas nécessairement perceptible sous sa forme originale.


