Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Ancienne distillerie néo-classique en brique et pierre (1898), berceau du légendaire bitter Sécrestat, elle abrite aujourd'hui le Musée Goupil, gardien unique des archives de l'édition d'art industrielle du XIXe siècle.
History
Au cœur de Bordeaux, dans le quartier des Chartrons réputé pour son passé marchand et ses entrepôts reconvertis, la distillerie Sécrestat constitue un témoignage exceptionnel de l'architecture industrielle de la Belle Époque. Construite en 1898 pour Pierre Sécrestat, elle prolonge une histoire entrepreneuriale entamée dès 1852, lorsque la famille ouvrit une fabrique de liqueurs rue Notre-Dame dont le fleuron était le fameux bitter Sécrestat, un élixir aromatisé à la gentiane et aux écorces d'oranges amères qui s'exportait dans toute l'Europe. Ce qui distingue ce lieu de tant d'autres friches industrielles réhabilitées, c'est la superposition de deux patrimoines en apparence éloignés : celui du savoir-faire liquoriste bordelais et celui de la révolution de l'image imprimée au XIXe siècle. Depuis 1991, les murs qui accueillirent cuves et alambics renferment désormais les précieux fonds de la maison Goupil : photographies, gravures en cuivre, estampes et chromolithographies qui témoignent de la naissance de la diffusion industrielle de l'art. L'expérience de visite est celle d'une double plongée : dans les coulisses olfactives et techniques d'une production artisanale à l'échelle industrielle, et dans les archives visuelles d'un siècle de reproduction artistique. Les trois niveaux de salles de préparation et la cuverie en sous-sol confèrent à la visite une verticalité dramatique, passant de la lumière naturelle filtrée par les grandes baies de la façade aux espaces voûtés du sous-sol. Le cadre, à deux pas de la Garonne et du musée d'Art contemporain (CAPC), s'inscrit dans un quartier en pleine renaissance culturelle. La façade à avant-corps néo-classique, sobre et élégante, dialogue avec les hôtels particuliers des négociants du XVIIIe siècle voisins, rappelant que Bordeaux a toujours su marier commerce et beauté.
Architecture
La distillerie Sécrestat illustre avec cohérence le modèle de l'architecture industrielle de prestige de la fin du XIXe siècle, où la façade sur rue se devait d'affirmer la respectabilité et la solidité financière de l'entreprise. L'élévation principale présente un avant-corps central de style néo-classique, traité en brique et pierre de taille selon une association de matériaux typiquement bordelaise, que l'on retrouve dans de nombreux entrepôts et chais du quartier des Chartrons. Cet avant-corps, légèrement en saillie, structure la composition verticale et confère à l'ensemble une gravité architecturale qui transcende la simple fonction industrielle. Derière cette façade soignée, le programme intérieur répond à des logiques strictement fonctionnelles. Les salles de préparation et de fabrication se développent sur trois niveaux, permettant de tirer parti de la gravité dans le processus de distillation : les matières premières transitaient de haut en bas au fil des étapes de transformation. La cuverie, aménagée au sous-sol, accueillait les grandes cuves de fermentation et de stockage, dont l'épaisseur des murs et la fraîcheur naturelle du sous-sol assuraient une régulation thermique indispensable à la qualité des productions. Les planchers, probablement en fer et en brique ou en béton armé naissant pour les niveaux supérieurs, témoignent des innovations constructives de la période. Les volumes intérieurs généreux, héritage de la fonction industrielle, se prêtent aujourd'hui avec naturel à l'accrochage d'œuvres et à la présentation des collections photographiques et graphiques du Musée Goupil.


