Au cœur du Morbihan, cette croix de chemin en schiste du XVIIe siècle est une œuvre gravée d'une rare finesse : monogramme du Christ, calices et cœur ciselés sur la pierre sombre de Haute-Touche.
Nichée sur le chemin menant à la chapelle de Haute-Touche, à Monterrein, cette modeste croix de chemin dissimule une richesse iconographique qui surprend quiconque prend le temps de s'y attarder. Loin des fastes des cathédrales gothiques, elle incarne une forme de piété populaire bretonne, intimiste et profondément sincère, gravée dans la pierre noire du pays. Ce qui distingue immédiatement cette croix, c'est sa technique de fabrication singulière : deux plaques de schiste soigneusement assemblées l'une contre l'autre forment un seul corps, créant une légère épaisseur qui lui confère une présence physique inattendue pour une œuvre aussi petite. Ses bras pattés — s'élargissant vers leurs extrémités dans la tradition des croix religieuses classiques — renforcent son équilibre visuel et son caractère solennel. Les gravures qui ornent ses faces sont un véritable programme symbolique condensé : le monogramme IHS, abréviation latine du nom du Christ adoptée par les jésuites, voisine avec deux calices évoquant l'Eucharistie, un cœur symbolisant la charité divine, et deux clous rappelant la Passion. Cette iconographie caractéristique du XVIIe siècle traduit l'influence de la Contre-Réforme catholique dans les campagnes bretonnes, où l'Église cherchait à raviver la ferveur populaire par des symboles accessibles à tous. L'expérience de visite est celle du chemin parcouru : longer ce sentier rural vers la chapelle, comme des générations de paysans l'ont fait avant nous, et découvrir ce marqueur de foi dressé au bord du chemin. La lumière rasante du matin ou de la fin d'après-midi révèle avec une clarté particulière les reliefs gravés dans le schiste sombre, faisant ressortir chaque détail de la composition. Pour le photographe attentif, c'est une œuvre qui se mérite et se contemple lentement. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1927, cette croix témoigne de la reconnaissance précoce par l'État du patrimoine des croix rurales bretonnes, longtemps considérées comme de simples objets de dévotion alors qu'elles constituent un des corpus les plus riches de l'art populaire français.
La croix présente une forme dite « à bras pattés », c'est-à-dire que les quatre branches s'évèrent légèrement vers leurs extrémités, formant des pointes légèrement évasées. Ce type de croix, courant dans l'héraldique et l'art religieux européen depuis le Moyen Âge, confère à l'ensemble une silhouette reconnaissable et équilibrée, à mi-chemin entre la croix grecque aux bras égaux et la croix latine allongée. La particularité technique majeure de cette œuvre réside dans son mode de fabrication : elle est constituée de deux plaques de schiste appliquées l'une contre l'autre. Cette méthode, dictée par les contraintes du matériau — le schiste se débite naturellement en feuillets — permet d'obtenir une croix d'une épaisseur et d'une solidité suffisantes tout en optimisant l'utilisation de la pierre. Le schiste local, de teinte gris-bleu à gris foncé, donne à l'ensemble une tonalité sobre et austère parfaitement en accord avec la dévotion populaire bretonne. L'ornementation gravée constitue le cœur de l'intérêt artistique de la pièce. Le monogramme IHS (premières lettres du nom de Jésus en grec), les deux calices eucharistiques, le cœur et les deux clous de la Passion forment un programme iconographique cohérent centré sur la Passion du Christ et les sacrements de l'Église. La gravure, réalisée en taille directe dans le schiste, révèle un artisan local maîtrisant les codes iconographiques de son époque, sans doute formé auprès d'un maître tailleur de pierre de la région.
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Monterrein
Bretagne