Érigée au XVIe siècle, cette croix de cimetière bretonne fascine par ses sculptures en haut-relief : un Christ en croix d'un côté, une Vierge à l'Enfant de l'autre, portés par un fût circulaire aux facettes taillées avec sobriété.
Au cœur de la commune de Saint-Étienne-du-Gué-de-l'Isle, dans les Côtes-d'Armor, la croix du nouveau cimetière est l'un de ces monuments discrets qui condensent en quelques dizaines de centimètres de pierre toute la ferveur et le savoir-faire sculptural de la Bretagne renaissante. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1970, elle s'impose comme un témoignage rare de l'art funéraire paroissial du XVIe siècle en Armorique intérieure. Ce qui rend cette croix singulière, c'est l'équilibre entre la rigueur de ses formes architecturales et la densité narrative de ses reliefs. Le croisillon à terminaison pointue porte sur l'une de ses faces un Christ en croix entouré de personnages — probablement la Vierge et saint Jean selon la tradition des calvaires bretons —, et sur la face opposée une Vierge à l'Enfant elle aussi accompagnée, doublant ainsi le programme iconographique habituel des croix de cimetière. Ce dialogue entre les deux mystères, la Passion et la Nativité, crée une méditation visuelle sur la mort et la résurrection particulièrement adaptée à l'espace funéraire. La visite de cette croix invite à une contemplation lente et attentive. La patine de la pierre, sculptée dans le granite local, porte les marques du temps et des saisons bretonnes, donnant aux visages et aux drapés une expressivité que seuls les siècles savent conférer. Le visiteur prendra le temps de tourner autour du monument pour découvrir les deux compositions en ronde et en plat relief, et de s'attarder sur la base à pans coupés, témoignage d'un soin apporté jusque dans les détails les plus humbles. Installée dans le cimetière paroissial, la croix bénéficie d'un cadre calme et recueilli, typique des bourgs ruraux du centre-Bretagne. Autour d'elle, l'église de Saint-Étienne-du-Gué-de-l'Isle et le paysage bocager des Côtes-d'Armor composent un environnement d'une grande authenticité, loin des flux touristiques, propice à la découverte d'un patrimoine intimiste et profondément ancré dans la culture bretonne.
La croix du nouveau cimetière de Saint-Étienne-du-Gué-de-l'Isle se compose de trois éléments distincts articulés selon la tradition des croix bretonnes du XVIe siècle : une base taillée à angles abattus ou coupés, un fût de section circulaire, et un croisillon à terminaison pointue portant les reliefs sculptés. La base à angles enlevés, c'est-à-dire dont les arêtes vives ont été chanfreinées, est un signe de soin et de qualité d'exécution. Cette solution formelle, fréquente dans les ateliers bretons de la Renaissance, allège visuellement le socle tout en lui conférant une géométrie plus élaborée que le simple cube. Le fût circulaire, lisse ou légèrement mouluré, assure la transition entre la base et le croisillon, selon un vocabulaire architectural cohérent et équilibré. Le croisillon à forme pointue — dont les extrémités des bras se terminent en ogive ou en pointe — constitue la signature stylistique de cet objet, à mi-chemin entre le gothique finissant et les nouvelles tendances formelles de la Renaissance. Les deux faces sculptées en haut-relief présentent, d'un côté, un Christ en croix flanqué de personnages (très probablement la Vierge et saint Jean l'Évangéliste), et de l'autre, une Vierge à l'Enfant également entourée de figures secondaires. Ces compositions à personnages multiples témoignent d'un programme iconographique ambitieux pour un monument de cimetière paroissial. Le matériau employé est le granite breton, pierre noble et résistante caractéristique de l'architecture et de la sculpture en Armorique.
Closed
Check seasonal opening hours
Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Isle
Bretagne