Au cœur du Morbihan, cette croix calvaire en granit du XVIe siècle, ornée d'un blason de la famille de Callac et d'une descente de croix sculptée, est un chef-d'œuvre de la statuaire bretonne.
Dressée non loin de la chapelle Sainte-Julitte de Bizolle, sur la commune de Treffléan dans le Morbihan, cette croix calvaire du XVIe siècle incarne avec éloquence la dévotion populaire et le savoir-faire des tailleurs de pierre bretons de la Renaissance. Discrète au premier regard, elle révèle à l'observateur attentif une richesse iconographique et sculpturale rare pour un monument de cette nature. Ce qui rend cette croix véritablement singulière, c'est la densité de son programme iconographique condensé sur un fût de pierre. D'un côté, la scène christique traditionnelle — le Christ en croix encadré de la Vierge et de saint Jean — s'accompagne, sur la face opposée, d'une Descente de croix d'une remarquable expressivité pour l'époque. La présence d'un blason aux armes de la famille de Callac ajoute une dimension nobiliaire et mémoriale à ce monument de foi, témoignant du mécénat aristocratique local au cœur de la Bretagne du XVIe siècle. La visite de cette croix se conjugue naturellement avec celle de la chapelle Sainte-Julitte de Bizolle, qui lui offre un écrin architectural cohérent et renforce l'atmosphère de piété rurale caractéristique des enclos paroissiaux et lieux de culte morbihannais. Le cadre champêtre du site invite à une halte contemplative, loin de l'agitation touristique, dans un paysage de bocage doucement ondulé. Protégée depuis 1929 au titre des Monuments Historiques, cette croix représente un exemple précieux de la sculpture religieuse bretonne de la Renaissance, à une époque où la Bretagne, fraîchement rattachée au royaume de France, maintenait vivace sa tradition artistique propre. Sa présence dans un espace rural préservé amplifie l'émotion du visiteur sensible à l'art sacré et au patrimoine de proximité.
La croix calvaire de Bizolle est entièrement réalisée en granit, matériau de prédilection des bâtisseurs bretons pour sa résistance aux rigueurs climatiques de la région et la noblesse de son aspect. Sa composition suit un schéma tripartite caractéristique des calvaires bretons de la Renaissance : un piédestal formant autel à la base, un fût élancé au milieu, et un tableau sculpté au sommet. Le piédestal, conçu en forme d'autel, évoque la fonction liturgique de la croix dans les cérémonies de plein air, permettant la célébration de messes champêtres ou de processions. Le fût, de section cylindrique, est couronné d'un nœud en torsade — motif décoratif d'influence maniériste — qui marque le passage vers l'élément sculptural supérieur. Ce détail ornemental témoigne d'une maîtrise technique réelle et d'une sensibilité esthétique qui dépasse la simple production artisanale. L'élément le plus remarquable demeure le registre sculpté rectangulaire qui coiffe le fût. Sur sa face principale figure la Crucifixion, avec le Christ en croix flanqué de la Vierge et de saint Jean, composition iconographique classique mais ici traitée avec une expressivité propre à l'art breton. La face opposée présente une Descente de croix, scène plus rare et plus complexe sur ce type de monument, révélant les ambitions artistiques du commanditaire. Aux pieds du Christ, le blason de la famille de Callac confère à l'ensemble sa dimension héraldique et mémoriale.
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Treffléan
Bretagne