Érigée au XVIe siècle près de la chapelle du Rohic à Vannes, cette croix bannière en granit de quatre mètres déploie une iconographie remarquable : Crucifixion, Pietà et Saint-Michel sculptés avec une rare expressivité bretonne.
Dressée sur ses quatre degrés de pierre comme une sentinelle minérale aux portes du vieux Vannes, la croix du Rohic appartient à cette famille singulière des croix bannières qui jalonnent la Bretagne profonde. Haute de quatre mètres au-dessus de ses gradins, elle impose une présence silencieuse que les siècles n'ont pas entamée. Son inscription aux Monuments Historiques dès 1929 témoigne de la valeur patrimoniale reconnue de longue date à cet ouvrage de dévotion populaire. Ce qui distingue véritablement la croix du Rohic parmi les nombreuses croix monumentales du Morbihan, c'est la densité iconographique de son tableau supérieur. Deux faces principales y dialoguent : la Crucifixion classique avec la Vierge et saint Jean d'un côté, une Pietà bouleversante de l'autre. Sur les faces latérales apparaissent deux personnages supplémentaires, dont saint Michel, l'archange guerrier si cher à la piété bretonne. Cette multiplicité des scènes dans un espace aussi contraint révèle l'ambition narrative du commanditaire et le savoir-faire du tailleur de pierre vannetais du XVIe siècle. La visite de la croix s'inscrit naturellement dans la découverte du quartier du Rohic et de sa chapelle attenante, ensemble qui forme un micro-paysage spirituel caractéristique des faubourgs de l'ancienne cité épiscopale. On prend le temps de tourner lentement autour du fût octogonal, de déchiffrer les accolades gothiques encadrant les scènes principales, de lire dans la pierre grise du granit les traces du ciseau médiéval. Le contraste entre la robustesse du matériau et la délicatesse des figures sculptées est saisissant. Le cadre environnant conserve quelque chose de l'atmosphère recueillie des anciens villages péri-urbains. Vannes, ville d'art et d'histoire aux remparts remarquables, offre à quelques pas de là tous les contrastes d'une cité médiévale vivante. La croix du Rohic constitue ainsi une halte inattendue, un de ces monuments modestes mais intenses qui font la richesse du patrimoine breton hors des circuits touristiques battus.
La croix du Rohic est entièrement taillée dans le granit gris caractéristique du Morbihan, matériau noble et durable qui explique en partie la remarquable conservation des volumes après cinq siècles d'exposition aux éléments. L'ensemble repose sur un perron de quatre marches surmontant un soubassement en forme d'autel, disposition qui confère à la croix une majesté liturgique rappelant les autels à ciel ouvert du Moyen Âge. La base quadrangulaire, sobre et dépourvue de sculpture, assure la transition entre l'assise et le fût. Ce fût octogonal constitue l'une des caractéristiques architecturales les plus intéressantes de la croix. La section à huit pans, fréquente dans la sculpture bretonne du XVIe siècle, allège visuellement le support tout en lui conférant une légèreté géométrique rare. Il est couronné d'un chapiteau qui fait la jonction avec le tableau supérieur — élément en forme de cube terminé en rectangle régulier, encadré d'accolades gothiques sur ses deux faces principales. Ces accolades, motif ornemental hérité de l'architecture flamboyante, forment des arcs brisés stylisés qui mettent en valeur les scènes sculptées de la Crucifixion et de la Pietà. La hauteur totale de quatre mètres au-dessus des gradins place la croix dans la catégorie des monuments de grande taille pour ce type d'ouvrage, affirmant une volonté de visibilité et d'ostension clairement assumée par ses commanditaires.
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