Joyau sculpté du XVe siècle, la Croix de la Belle Place à Plémy déploie sur deux faces une Vierge couronnée à l'Enfant et un Christ en croix d'une sobriété bouleversante, témoignage rare de la dévotion bretonne médiévale.
Au cœur du bocage costarmoricain, à Plémy, se dresse discrètement l'une des croix de chemin les plus attachantes des Côtes-d'Armor : la Croix de la Belle Place. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1964, cette œuvre de pierre taillée au XVe siècle incarne à elle seule la richesse du patrimoine rural breton, si souvent ignoré au profit des grandes cathédrales et des manoirs seigneuriaux. Ce qui distingue immédiatement cette croix, c'est la qualité de sa sculpture à double face, véritable programme iconographique condensé en quelques centimètres de relief. D'un côté, une Vierge couronnée tenant son Enfant sur un trône large évoque la majesté des Vierges en majesté romanes, transposée dans un style gothique tardif empreint d'humanité. De l'autre, le Christ en croix accompagné de ses fidèles rappelle que ces monuments de carrefour étaient avant tout des lieux de prière quotidienne pour les villageois et les voyageurs. Visiter la Croix de la Belle Place, c'est s'arrêter sur le bord d'un chemin creux et laisser le temps s'effacer. Le socle grossièrement dégrossi aux angles, les bras réunis vers le haut par des pans coupés caractéristiques de la statuaire bretonne flamboyante : chaque détail révèle la main d'un tailleur de pierre local, artisan anonyme dont le savoir-faire n'avait rien à envier aux sculpteurs des grandes cités. Le cadre lui-même contribue à l'émotion : posée dans le paysage agricole du centre de la Bretagne, la croix dialogue avec les haies bocagères, les chemins creux et les fermes en granit qui composent ce terroir préservé du Penthièvre. Loin de l'agitation touristique, elle appartient encore pleinement à son territoire, gardienne silencieuse d'un espace où le sacré et le quotidien n'ont jamais été séparés.
La Croix de la Belle Place appartient au type des « croix plates » bretonnes, dont le fût est taillé dans un seul bloc de pierre — vraisemblablement du granite local, matériau de prédilection des tailleurs de pierre armoricains. La forme générale est celle d'une croix latine dont les bras, plutôt courts, sont reliés au fût par des pans coupés caractéristiques du style gothique tardif, créant une transition élégante entre les volumes et renforçant la solidité de l'ensemble. Le socle, volontairement laissé à l'état de dégrossissage avec ses angles abattus, contraste avec la précision du travail sculpté sur la face supérieure de la croix. Ce traitement du socle est courant dans la statuaire de plein air bretonne : il ancre physiquement la croix dans la terre tout en signifiant symboliquement l'émergence du sacré depuis la matière brute. La sculpture en bas-relief orne les deux faces du croisillon avec une composition maîtrisée. Sur la face principale, la Vierge couronnée est représentée assise sur un large trône en forme de chaise, tenant l'Enfant Jésus selon le schéma de la « Sedes Sapientiae » (Trône de la Sagesse), type iconographique hérité de la période romane mais ici interprété avec la douceur expressive propre au gothique tardif. Sur la face opposée, le Christ en croix est entouré de personnages — probablement la Vierge et saint Jean — selon la composition traditionnelle de la Crucifixion. La platitude du relief, loin d'être une limitation technique, confère à l'ensemble une puissance graphique remarquable, accentuée par l'érosion patinée de la pierre.
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Plémy
Bretagne