Au cœur du cimetière de Bourseul, cette croix du XVIIIe siècle révèle sur son socle les symboles sculptés des quatre Évangélistes — un programme iconographique rare qui en fait bien plus qu'un simple monument funéraire.
Discrète et pourtant saisissante, la croix de cimetière de Bourseul se dresse dans le cadre recueilli du vieux cimetière breton de ce bourg des Côtes-d'Armor. Érigée au XVIIIe siècle, elle appartient à cette tradition profondément enracinée en Bretagne des croix monumentales qui jalonnent les enclos paroissiaux, les carrefours et les lieux de sépulture, témoins silencieux d'une foi populaire sculptée dans la pierre. Ce qui distingue immédiatement cette croix de ses homologues régionales, c'est la richesse iconographique de son socle. Là où nombre de croix de cimetière se contentent d'un simple fût ou d'un piédestal lisse, celle de Bourseul porte gravés les attributs des quatre Évangélistes : l'ange de Matthieu, le lion de Marc, le taureau de Luc et l'aigle de Jean — le célèbre Tétramorphe, héritage direct des visions prophétiques d'Ézéchiel et de l'Apocalypse de Jean. Ce programme symbolique élaboré confère à l'ensemble une dimension théologique rare pour un monument de cette taille et de ce type. La visite de cette croix s'inscrit naturellement dans une déambulation dans le bourg de Bourseul, village tranquille du Penthièvre breton. Le visiteur prendra le temps de s'arrêter sur chaque face du socle pour identifier les figures évangéliques et lire dans la pierre le message spirituel que le sculpteur anonyme y a inscrit avec un soin manifeste. Le cadre végétal du cimetière, souvent ombragé par de vieux ifs ou des chênes, renforce le sentiment d'une rencontre intime avec l'art sacré populaire breton. Protégée au titre des Monuments Historiques dès 1926, cette croix témoigne de la volonté précoce de l'État français de préserver le patrimoine rural breton, trop souvent méconnu du grand public au profit des cathédrales et des châteaux. Elle représente pourtant l'essence même de la dévotion quotidienne des paysans et artisans bretons, qui commandaient à des tailleurs de pierre locaux des œuvres d'une qualité parfois étonnante.
La croix de Bourseul répond aux canons classiques de la croix de cimetière bretonne du XVIIIe siècle : un fût vertical portant une croix latine, le tout reposant sur un socle prismatique monumentalisé. C'est précisément ce socle qui constitue la pièce maîtresse de l'ensemble architectural et sculpté. Chacune de ses quatre faces accueille en bas-relief ou en sculpture en ronde-bosse légère l'attribut d'un des Évangélistes : l'ange ailé de Matthieu, le lion ailé de Marc, le taureau ailé de Luc et l'aigle de Jean — le Tétramorphe complet, programme iconographique d'une cohérence théologique remarquable pour un édifice de cette échelle. Le matériau employé est avec grande vraisemblance le granite breton, omniprésent dans le bâti et la sculpture de la région des Côtes-d'Armor. Sa résistance aux intempéries atlantiques explique en partie la bonne conservation des reliefs malgré trois siècles d'exposition aux éléments. Le style des sculptures, sobre mais expressif, témoigne d'une main expérimentée, capable de synthétiser tradition médiévale et vocabulaire classique du XVIIIe siècle dans un langage accessible aux fidèles. La croix proprement dite, sobre dans sa forme, présente probablement des traces de polychromie ancienne aujourd'hui disparues, comme c'était l'usage pour de nombreux calvaires et croix bretons. L'ensemble dégage une verticalité affirmée qui lui permet de dominer l'espace du cimetière et de constituer un repère visuel fort depuis les abords du bourg.
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Bourseul
Bretagne