Château de Craffault, joyau breton de Plédran : une façade Renaissance du XVIe siècle dialoguant avec des extensions Belle Époque signées Martenot, dans un mariage architectural rare entre pierre ancienne et art de la restauration.
Niché dans le paisible écrin bocager des Côtes-d'Armor, le château de Craffault se révèle comme l'un des témoins les plus singuliers de l'architecture seigneuriale bretonne, cumulant sur ses murs plusieurs siècles d'histoire et d'ambitions esthétiques. Sa façade principale orientée à l'est offre un dialogue fascinant entre deux époques : la partie droite, héritée du XVIe siècle, déploie la grâce de la Renaissance bretonne, tandis que la partie gauche, ajoutée au XVIIe siècle, prolonge l'ensemble avec une sobriété classique parfaitement accordée. Ce qui rend Craffault véritablement unique, c'est la prouesse accomplie au tournant du XXe siècle : l'architecte rennais J.-B. Martenot, mandaté pour d'importants travaux de restauration entre 1899 et 1902, parvint à greffer une galerie, un pavillon et une aile entière au nord sans jamais trahir l'esprit des bâtiments anciens. Pour y parvenir, il n'hésita pas à intégrer des éléments de remploi provenant du château de Cotardais à Médréac, conférant à l'ensemble une cohérence stylistique remarquable qui défie le regard non averti. Le visiteur attentif remarquera également le pavillon abritant l'escalier principal, dont les origines remontent probablement au XVe siècle, soit à l'aube même de la présence seigneuriale sur ce domaine. Cette tour discrète constitue peut-être la part la plus ancienne et la plus précieuse de l'édifice, vestige d'une résidence médiévale aujourd'hui enchâssée dans les strates successives des agrandissements. Le domaine s'inscrit dans le paysage caractéristique du Penthièvre intérieur, cette Bretagne intérieure aux horizons doux et aux vieilles pierres grises que la lumière atlantique sait transformer en aquarelles subtiles. Photographes et amateurs de patrimoine trouveront dans la confrontation des façades un sujet d'étude et d'émerveillement aussi rare qu'instructif sur la manière dont la France a su, à travers les siècles, amender et perpétuer son héritage bâti.
Le château de Craffault présente une composition en plusieurs corps articulés autour d'un logis principal dont la façade orientée à l'est constitue la pièce maîtresse. Cette façade révèle deux campagnes de construction clairement lisibles : la travée droite, datant du XVIe siècle, affiche les caractéristiques de la Renaissance bretonne — fenêtres à croisées de pierre, lucarnes sculptées et appareillage en granite soigneusement taillé —, tandis que la travée gauche, ajoutée au XVIIe siècle, adopte un registre plus classique aux compositions plus sévères. Se détachant de ce corps de logis, un pavillon d'escalier dont les origines remontent au XVe siècle constitue l'élément le plus ancien conservé. Sa volumétrie trapue et sa maçonnerie massive évoquent encore l'architecture militaire et résidentielle de la fin du Moyen Âge breton, avant les grandes transformations Renaissance. L'escalier qu'il abrite devait initialement être à vis de pierre, forme canonique des demeures seigneuriales de cette époque en Armorique. Les extensions réalisées par J.-B. Martenot entre 1899 et 1902 — galerie de liaison, pavillon et aile nord — s'inscrivent dans le courant néo-Renaissance caractéristique de son œuvre. Martenot, formé à l'École des Beaux-Arts et familier des grands chantiers de restauration régionaux, sut manier avec habileté les formes bretonnes traditionnelles : pignons à crossettes, bandeaux moulurés, lucarnes à frontons et maçonnerie de granite gris constituent le vocabulaire commun aux parties anciennes et nouvelles, rendant l'ensemble d'une lisibilité et d'une harmonie remarquables.
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