Aux portes de la cathédrale de Tréguier, cet ancien couvent augustinien du XVe siècle mêle cloître médiéval, chapelle Renaissance et ailes hospitalières baroques — désormais métamorphosé en hôtel-restaurant d'exception.
Au cœur de Tréguier, cité épiscopale bretonne baignée par le Jaudy, l'ancien couvent des Augustines constitue l'un des ensembles conventuels les mieux préservés des Côtes-d'Armor. Traversant sept siècles d'histoire sans jamais perdre son âme, ce monument classé conjugue la sobriété du granit breton avec la rigueur architecturale des communautés religieuses de l'Ouest français. Son ancienneté, attestée dès le XIIIe siècle, lui confère une profondeur historique rare que le visiteur ressent dès le franchissement du seuil. Ce qui rend cet édifice véritablement singulier, c'est la stratification lisible de ses couches architecturales : le parloir médiéval du XIVe siècle dialogue avec la chapelle Sainte-Marie-Madeleine du XVe siècle, le grand corps de logis du XVIIe siècle et les ajouts du XIXe siècle. Chaque pierre raconte une époque, chaque galerie une fonction — soins, prière, enseignement. La continuité de vocation charitable, de l'hôtel-Dieu médiéval à la maison de repos du XXe siècle, confère au lieu une cohérence humaine profonde. Reconverti en hôtel-restaurant depuis 1990, l'édifice offre une expérience de visite insolite : dormir ou dîner dans un cloître du XVIIe siècle, dont les galeries de granit encadrent une cour intérieure empreinte de sérénité. Les anciens espaces conventuels — réfectoire, noviciat, salles hospitalières — ont été réhabilités avec un souci de préservation de l'authenticité qui ravit autant le passionné d'histoire que l'amateur de belles demeures. Le cadre trégorrois amplifie le charme du lieu. Tréguier, ancienne capitale du Trégor et ville natale du philosophe Ernest Renan, baigne dans une atmosphère médiévale préservée, dominée par sa cathédrale gothique dédiée à saint Tugdual. Le couvent des Augustines s'inscrit naturellement dans ce décor de ruelles pavées et de maisons à colombages, à deux pas du port de plaisance sur le Jaudy.
L'ensemble architectural du couvent des Augustines forme un complexe hétérogène mais cohérent, bâti en granit du Trégor — pierre grise aux reflets bleutés caractéristique de la Bretagne septentrionale — autour d'une cour intérieure organisée selon le modèle conventuel classique. Le noyau médiéval comprend le parloir du XIVe siècle, sobre construction aux murs épais percés de baies en arc brisé, et la chapelle Sainte-Marie-Madeleine, dont le gothique tardif du XVe siècle se manifeste dans le traitement des voûtes et des ouvertures à remplages géométriques. Le grand corps de logis du XVIIe siècle, élevé entre 1662 et 1663 sous l'impulsion des Augustines, constitue le cœur architectural de l'ensemble. Le cloître, dont les galeries à arcades de granit encadrent un préau rectangulaire, reflète l'austérité fonctionnelle prônée par la Contre-Réforme : aucun ornement superflu, mais une rigueur géométrique qui confère à l'espace une beauté contemplative indéniable. Le réfectoire et les dortoirs, accolés aux galeries claustrales, conservent leurs proportions d'origine, adaptées depuis à des usages hôteliers. Les ajouts du XIXe siècle — l'aile du pensionnat de 1823 et l'hôpital de 1853-1856 — s'inscrivent dans un registre néo-classique sobre, caractéristique de l'architecture utilitaire bretonne de la Monarchie de Juillet et du Second Empire. La galerie de 1935, élément de jonction entre les deux grandes parties de l'ensemble, adopte un langage architectural discret qui privilégie la continuité sur l'affirmation stylistique. L'ensemble forme ainsi un document architecturale vivant, où chaque campagne de construction reste lisible sans rupture brutale.
Closed
Check seasonal opening hours
Tréguier
Bretagne