Colonnes dites de Saint-Lucien
Vestiges majestueux de l'Arles antique, ces colonnes romaines du IIe siècle dressent leurs fûts de marbre face au ciel provençal, témoins silencieux d'un forum ou d'un temple aujourd'hui disparu.
History
Au cœur d'Arles, ville que les Romains élevèrent au rang de « petite Rome des Gaules », les colonnes dites de Saint-Lucien s'imposent comme l'un des vestiges les plus évocateurs de l'Antiquité provençale. Émergeant du tissu urbain médiéval avec une noblesse intacte, ces fûts de pierre racontent, à qui sait les regarder, le faste d'une cité qui fut capitale de la préfecture des Gaules au IVe siècle. Ce qui rend ces colonnes singulières, c'est précisément leur implantation : contrairement à l'amphithéâtre ou au théâtre antique d'Arles, monuments spectaculaires et largement restaurés, les colonnes de Saint-Lucien offrent une rencontre brute avec l'Antiquité. Pas de mise en scène touristique excessive, mais la pierre elle-même, avec ses patines ocre et grises, ses joints séculaires et ses cannelures que le mistral a doucement érodées au fil des siècles. L'expérience de visite est contemplative. Le promeneur se trouve face à un fragment d'architecture romaine de haut rang — l'ordre corinthien supposé de ces colonnes évoque les grands temples de la période antonine — et peut laisser son imagination repeupler le forum ou le sanctuaire disparu. Les jeux de lumière en fin de journée, typiques de la lumière arlésienne tant célébrée par Van Gogh, transforment les colonnes en sculptures presque vivantes. Le cadre immédiat porte encore la mémoire du lieu : le quartier a conservé, sous les couches successives de construction médiévale et moderne, les tracés de l'urbanisme romain. Les colonnes de Saint-Lucien s'inscrivent ainsi dans un ensemble patrimonial exceptionnel, la ville d'Arles étant classée au patrimoine mondial de l'UNESCO pour l'ensemble de ses monuments antiques et romans.
Architecture
Les colonnes de Saint-Lucien appartiennent à la tradition architecturale romaine de la Narbonnaise au IIe siècle, période marquée par une qualité d'exécution et une richesse ornementale héritées du classicisme grec. Les fûts, vraisemblablement en calcaire coquillier local ou en marbre de Carrare selon un usage fréquent dans les édifices de prestige arlésiens, présentent une cannelure régulière caractéristique de l'ordre corinthien ou composite, les deux ordres les plus prisés pour les temples et portiques honorifiques de la Rome impériale. Les dimensions des colonnes — probablement comprises entre 6 et 9 mètres de hauteur pour les fûts, dimensions typiques des colonnes de temple de taille moyenne en Narbonnaise — indiquent un édifice de rang élevé. Les chapiteaux, dont les fragments conservés ou documentés révèlent une sculpture soignée d'acanthe et de volutes, témoignent du savoir-faire des tailleurs de pierre actifs à Arles, ville où les ateliers lapidaires atteignirent une excellence reconnue dans tout le monde romain occidental. L'édifice auquel appartenaient ces colonnes comportait vraisemblablement un stylobate élevé sur un podium maçonné, comme le veut la tradition des temples romains de Gaule — à l'image de la Maison Carrée de Nîmes ou du temple d'Auguste et de Livie à Vienne. L'ensemble architectural original devait composer une façade hexastyle ou tétrastyle (à six ou quatre colonnes en façade), formant un monument dominant sur le forum ou dans un secteur monumental de la ville antique.
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Map
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