Cimetière Saint-Pierre
Au cœur du cimetière Saint-Pierre de Marseille, le tombeau Olive est un joyau mauresque unique en France : céramiques perses, arcs outrepassés et luxe des matériaux signés Pascal-Xavier Coste.
History
Dans l'enceinte du cimetière Saint-Pierre, l'un des plus grands et des plus anciens de Marseille, se dresse une œuvre funéraire hors du commun : le tombeau de la famille Olive. Loin des sobres chapelles néogothiques ou néoclassiques qui peuplent ordinairement les allées des cimetières français du XIXe siècle, ce monument explose les codes en convoquant l'Orient à la lisière de la Méditerranée. Ici, l'architecture parle la langue des mosquées d'Égypte et des palais de Perse, dans une ville qui, par vocation géographique et commerciale, a toujours regardé vers le sud et vers l'est. Ce qui rend le tombeau Olive absolument singulier, c'est d'abord son auteur : Pascal-Xavier Coste, l'un des architectes marseillais les plus érudits de son époque, qui avait consacré sa jeunesse à documenter avec minutie l'architecture islamique d'Égypte. Des décennies après ses voyages au Proche-Orient, il puise une dernière fois dans ce répertoire savant pour composer une œuvre testamentaire, résolument orientaliste, où rien n'est laissé au hasard. Le résultat est saisissant : des céramiques aux couleurs profondes empruntées à la tradition persane tapissent les surfaces, tandis que la silhouette du tombeau évoque irrésistiblement les mausolées islamiques les plus raffinés. Visiter le tombeau Olive, c'est vivre une expérience de dépaysement inattendu. On déambule d'abord dans les allées classiques du cimetière Saint-Pierre, entre cyprès et monuments bourgeois, avant de découvrir soudainement cette architecture mauresque qui tranche avec son environnement comme une parenthèse de voyage. La richesse des détails réclame du temps : chaque angle de vue révèle un motif différent, un reflet de céramique, une subtilité de sculpture. Le cadre même du cimetière Saint-Pierre ajoute à l'émotion de la visite. Fondé au XIXe siècle sur les hauteurs nord de Marseille, il s'étend sur plusieurs dizaines d'hectares et constitue à lui seul un musée à ciel ouvert de la sculpture funéraire marseillaise. Le tombeau Olive en est la pièce maîtresse, l'œuvre qui justifie à elle seule le détour pour l'amateur de patrimoine, l'histoire de l'art ou simplement pour quiconque cherche à comprendre ce que la bourgeoisie marseillaise du Second Empire pouvait rêver de plus audacieux.
Architecture
Le tombeau Olive s'inscrit dans le courant orientaliste qui traverse les arts décoratifs et l'architecture européenne du XIXe siècle, mais avec une profondeur documentaire que peu d'œuvres peuvent revendiquer. Pascal-Xavier Coste, fort de son expérience directe de l'architecture islamique, ne se contente pas d'une évocation superficielle : il compose un édifice funéraire de plan centré, à la manière des mausolées islamiques, dont le volume compact est couronné d'un dôme qui rappelle les turbés ottomans ou les tombeaux moghols. La façade est le véritable manifeste architectural du monument. Des arcs outrepassés en fer à cheval, caractéristiques de l'architecture hispano-mauresque, encadrent les accès et les baies. Les surfaces sont enrichies d'un décor de céramique polychrome d'une grande richesse, dont les motifs géométriques et floraux s'inspirent directement des carreaux persans, notamment ceux des monuments de Perse safavide que Coste avait étudiés dans les publications orientalistes de son temps. Les couleurs — bleus de cobalt, turquoises, ocres et blancs — créent un effet vibrant sous la lumière marseillaise, conférant à l'ensemble une présence visuelle exceptionnelle. La monumentalité est l'autre qualité remarquable de cet édifice : surdimensionné par rapport aux chapelles funéraires voisines, le tombeau Olive affirme par sa masse même la puissance symbolique de la famille qui le commanda. Les matériaux mis en œuvre — pierre de taille soigneusement appareillée, céramiques importées ou fabriquées sur mesure, éléments sculptés d'une grande finesse — témoignent d'un budget considérable et d'une exigence artisanale qui n'a pas d'équivalent dans le paysage funéraire marseillais.


