Havre de silence en Bretagne, la Chartreuse d'Auray abrite un cloître du XVIIe siècle et une émouvante chapelle sépulcrale dédiée aux émigrés fusillés de Quiberon, ornée de bas-reliefs de David d'Angers.
Nichée dans la verdure bretonne aux portes d'Auray, la Chartreuse de Brech est l'un des ensembles monastiques les plus singuliers du Morbihan. Fondée par les Chartreux au XVIIe siècle, elle mêle la sérénité propre à l'ordre de saint Bruno à une charge historique exceptionnelle : ses pierres portent le souvenir des émigrés royalistes massacrés après le désastre de Quiberon en 1795. Ce double héritage — spirituel et mémoriel — confère à l'édifice une atmosphère rare, entre recueillement monastique et gravité de l'Histoire. Ce qui distingue véritablement la Chartreuse d'Auray de tout autre monument breton, c'est la coexistence harmonieuse de ses espaces : le cloître contemplatif aux galeries rythmées, le réfectoire voûté dont les lambris peints témoignent d'un art intérieur raffiné, et la chapelle sépulcrale inaugurée en 1829, véritable panthéon de la contre-révolution vendéenne et bretonne. Les bas-reliefs de marbre blanc attribués au grand sculpteur David d'Angers y déploient une émotion sobre et puissante, digne des plus beaux monuments funéraires néoclassiques de France. La visite invite à une déambulation lente et attentive. On passe du cloître ombragé, où le silence semble avoir été préservé depuis des siècles, au réfectoire aux couleurs douces, avant de pénétrer dans la chapelle sépulcrale par une large arcade encadrée de bas-reliefs. Chaque espace révèle un détail — une boiserie, un jeu de lumière sur la pierre grise, une inscription commémorative — qui retient le pas et nourrit la réflexion. Le cadre végétal renforce la majesté du lieu. Enclavée dans un écrin de verdure caractéristique du bocage morbihannais, la chartreuse offre aux photographes des perspectives apaisantes et aux visiteurs en quête de dépaysement un contraste saisissant avec l'agitation de la côte bretonne toute proche. Pour qui s'intéresse à l'histoire de la Révolution française, à l'architecture monastique ou simplement à la beauté des pierres anciennes, la Chartreuse d'Auray est une étape incontournable.
La Chartreuse d'Auray illustre l'architecture monastique française des XVIIe et XVIIIe siècles dans sa version la plus austère et la plus dépouillée, fidèle à l'esprit de l'ordre cartusien qui bannit tout ornement superflu au profit d'une spiritualité de l'essentiel. Le cloître, pièce maîtresse de l'ensemble, articule les différents bâtiments autour d'un espace central rythmé par des galeries à arcades de pierre, dont la sobre élégance rappelle les réalisations contemporaines des chartreuses provençales ou bourguignonnes. Le réfectoire, élevé vers 1630, constitue l'un des intérieurs les plus remarquables du site. Sa voûte lambrissée, décorée et peinte vers 1750, témoigne d'un goût pour la polychromie discrète qui tempère la rigueur cartusienne. Les boiseries qui habillent la base des murs apportent une tonalité chaleureuse à cet espace de vie communautaire, faisant dialoguer l'artisanat breton local et les influences classiques venues de Paris. La chapelle élevée vers 1720 adopte un plan rectangulaire simple, typique de la période, avec une façade traitée dans un classicisme sobre. La chapelle sépulcrale inaugurée en 1829 introduit une sensibilité néoclassique et romantique dans cet ensemble plus ancien. Reliée à l'église par une large arcade, elle accueille le mausolée surplombant le caveau des ossements, encadré de deux bas-reliefs en marbre blanc de facture raffinée, attribués à David d'Angers. Le contraste entre la blancheur du marbre sculpté et la pierre grise bretonne environnante crée un effet de solennité particulièrement saisissant, propre aux meilleures réalisations commémoratives du premier XIXe siècle.
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