Nichée dans les ruines romantiques du château de Runefau, cette chapelle bretonne du XVe siècle abrite un somptueux lambris Renaissance récupéré d'une chapelle disparue — un trésor d'art liturgique au cœur du Trégor.
Au détour d'un chemin arboré du Trégor, dans la campagne de Ploubezre, la chapelle Saint-Fiacre de Runefau surgit comme un fragment de temps suspendu. Adossée aux vestiges du château médiéval dont elle fut jadis la chapelle seigneuriale, elle compose avec les murs effondrés et la végétation conquérante un tableau d'une mélancolie saisissante, typique de ces édifices bretons qui semblent avoir été sculptés par les siècles autant que par les maçons. Ce qui rend Saint-Fiacre de Runefau véritablement singulière, c'est la richesse inattendue de son intérieur. Le visiteur qui pousse la porte de ce modeste vaisseau de pierre découvre un lambris peint d'une qualité remarquable, vestige d'un jubé de style Renaissance provenant d'une chapelle voisine aujourd'hui détruite. Ce panneau rescapé, déplacé et préservé ici, est devenu par le hasard de l'histoire le joyau de l'édifice — une œuvre arrachée à l'oubli, doublement précieuse pour avoir survécu à deux destins funestes. Un vitrail moderne complète la parure intérieure, apportant une lumière colorée qui contraste joliment avec la sobriété granitique des murs. L'ensemble crée une atmosphère de recueillement rare, où l'art s'est glissé presque clandestinement dans un écrin que la ruine n'a pas entièrement abandonné. Le cadre extérieur participe pleinement à l'expérience de visite. Les ruines du château de Runefau, dont les constructions s'échelonnent du XIVe au XVIe siècle, encadrent la chapelle de leurs murailles disjointes, offrant aux amateurs de patrimoine et aux photographes une composition d'une rare authenticité. Nulle muséification excessive ici : c'est un lieu vivant dans sa fragilité, qui demande à être approché avec la curiosité d'un découvreur plutôt que l'impatience d'un touriste pressé. Inscrite aux Monuments Historiques dès 1926, la chapelle Saint-Fiacre de Runefau reste l'un de ces monuments discrets du patrimoine breton que l'on quitte avec le sentiment d'avoir été admis dans un secret bien gardé.
La chapelle Saint-Fiacre de Runefau présente les caractéristiques typiques de l'architecture religieuse bretonne du XVe siècle : un plan rectangulaire simple à nef unique, des murs en granite de taille soigneusement appareillé, et une sobriété extérieure qui tranche avec la richesse relative de l'intérieur. Les ouvertures, étroites et à meneaux, filtrent une lumière parcimonieuse propre aux édifices gothiques de cette région, où la pierre dense impose ses lois à l'espace intérieur. La grande singularité de l'édifice réside dans son décor intérieur. Le lambris peint, issu d'un jubé Renaissance provenant d'une chapelle disparue des environs, constitue un élément mobilier de premier ordre. Les jubés Renaissance bretons, caractérisés par leurs panneaux sculptés et polychromés représentant des scènes religieuses ou des motifs végétaux et architecturaux, sont des œuvres d'une grande sophistication technique. Celui-ci, remonté à Runefau, a conservé ses décors peints malgré les vicissitudes du temps, offrant un témoignage rare de la peinture décorative religieuse du XVIe siècle en Trégor. Un vitrail moderne complète l'aménagement intérieur, apportant une note chromatique contemporaine sans dénaturer l'atmosphère générale. La chapelle s'intègre dans l'ensemble plus vaste des ruines du château de Runefau, dont les murs en granite témoignent de plusieurs campagnes de construction entre le XIVe et le XVIe siècle. Cette juxtaposition d'une chapelle relativement bien conservée et de vestiges castral en ruine confère au site une physionomie pittoresque et archéologiquement précieuse, caractéristique du patrimoine rural breton de l'arrière-pays trégorrois.
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Ploubezre
Bretagne