Nichée aux portes de Vannes, cette chapelle gothique du XVe siècle dévoile des sablières sculptées d'une rare finesse et une inscription datée de 1466, témoignage vivant de la dévotion bretonne médiévale.
La chapelle Notre-Dame du Rohic est l'une de ces œuvres discrètes que le Morbihan sait si bien garder : modeste dans ses proportions, mais d'une richesse ornementale qui saisit dès l'entrée. Construite dans le troisième quart du XVe siècle, elle s'inscrit dans la grande tradition des chapelles rurales bretonnes, ces lieux de culte populaire qui jalonnent la campagne et les faubourgs des cités épiscopales comme autant de balises spirituelles dans le paysage. Ce qui distingue immédiatement Notre-Dame du Rohic de ses homologues régionales, ce sont ses sablières sculptées, ces pièces de charpente horizontales qui courent sous le faîtage et constituent un véritable programme iconographique en bois. Visages grimaçants, créatures hybrides, scènes allégoriques ou dévotionnelles : la sculpture sur sablière est un art proprement breton, et les exemples conservés dans leur intégrité sont suffisamment rares pour que chacun mérite attention. Ceux du Rohic comptent parmi les témoignages les plus précieux du genre dans l'arrondissement de Vannes. L'expérience de visite est celle d'un recueillement presque intime. La chapelle, à l'écart des grands circuits touristiques, préserve une atmosphère authentique que ne troublent ni les foules ni les aménagements modernes intempestifs. La lumière filtrée à travers les baies, la patine des pierres locales, la présence silencieuse des sculptures de bois créent une temporalité suspendue, propice à la contemplation autant qu'à l'observation minutieuse. Le cadre environnant, dans les marges de Vannes, ajoute à ce sentiment d'immersion. La ville épiscopale, capitale du duché de Bretagne, n'est jamais loin, et cette proximité rappelle que la chapelle du Rohic n'était pas isolée du monde : elle vivait dans le sillage d'une grande cité, fréquentée par des fidèles qui faisaient étape ou venaient en pèlerinage à la Vierge dans un lieu sanctuarisé par la tradition locale.
La chapelle Notre-Dame du Rohic s'inscrit dans le gothique flamboyant tardif propre aux édifices religieux ruraux bretons du XVe siècle. De plan simple — une nef unique, sans bas-côtés, caractéristique des chapelles de dévotion non paroissiales —, elle adopte les formes sobres mais soignées que les commanditaires locaux exigeaient de leurs artisans. Les pierres de construction, vraisemblablement extraites des carrières du pays vannetais, confèrent à l'ensemble une teinte grise tirant sur le bleu, typique du granite et du schiste morbihannais. Le joyau architectural de l'édifice réside dans ses sablières sculptées, pièces maîtresses de la charpente apparente. Ces longues poutres horizontales en chêne, taillées et ornées par des sculpteurs sur bois d'une maîtrise évidente, déploient un répertoire iconographique caractéristique de la Bretagne médiévale : personnages grotesques, têtes expressives, motifs végétaux stylisés et peut-être des scènes narratives à caractère religieux ou profane. La conservation de telles charpentes sculptées est rare — le bois étant un matériau périssable — et confère à la chapelle du Rohic une valeur documentaire et artistique hors norme. L'inscription de 1466, gravée dans la pierre ou dans le bois selon une pratique courante de l'époque, témoigne du soin apporté par les bâtisseurs à laisser une trace mémorielle de leur œuvre. Les baies, probablement à remplages gothiques simples, laissent filtrer une lumière douce qui met en valeur la sculpture de la charpente. L'ensemble architectural, modeste en volume mais dense en détails, illustre parfaitement l'art de la chapellenie bretonne médiévale, à mi-chemin entre le grand chantier cathédral et l'oratoire familial.
Closed
Check seasonal opening hours
Vannes
Bretagne