Chapelle du cimetière dite chapelle du Cheylat
Joyau du Périgord Noir, cette chapelle de 1329 recèle un cycle de peintures murales médiévales exceptionnel : voûte étoilée, saints, Passion du Christ et martyrs d'une fraîcheur saisissante.
History
Nichée dans le paisible cimetière de Saint-Geniès, au cœur du Périgord Noir, la chapelle du Cheylat est l'un de ces trésors discrets que la Dordogne sait garder jalousement. Datée de 1329, elle se présente comme un écrin de pierre sobre, dont la modestie extérieure ne laisse rien présager de la splendeur qui attend le visiteur à l'intérieur. Ce qui rend ce monument absolument unique, c'est l'intégralité de son programme iconographique médiéval, conservé sur l'ensemble des murs et de la voûte. Rares sont les chapelles rurales françaises à avoir préservé un tel ensemble cohérent du XIVe siècle, depuis les draperies simulées de la partie basse jusqu'aux étoiles blanches sur fond noir qui parsèment la voûte, en passant par les scènes narratives de la Passion et les figures monumentales des saints. La visite est une véritable immersion dans l'univers visuel du Moyen Âge tardif. Les yeux ne savent où se poser : saint Christophe colossal sur la façade intérieure, saint Georges terrassant le dragon sur le mur sud, la Crucifixion au-dessus du baptême du Christ sur le mur du fond, ou encore l'Annonciation d'une grâce toute gothique. Chaque surface disponible a été pensée comme un livre ouvert pour une communauté largement analphabète. Le cadre du cimetière de Saint-Geniès ajoute une dimension mélancolique et recueillie à la visite. Le village lui-même, dominé par son église romane et son château médiéval, constitue l'un des ensembles architecturaux les mieux préservés du Périgord. La chapelle du Cheylat en est la pièce maîtresse, classée Monument Historique dès 1899, témoignage précieux d'une piété villageoise qui s'est exprimée en couleurs et en récits.
Architecture
La chapelle du Cheylat est un édifice de plan rectangulaire simple, caractéristique des chapelles funéraires rurales du XIVe siècle en Périgord. Construite en pierre calcaire locale — le matériau de prédilection du bâti périgourdin —, elle présente un volume modeste, sans clocher saillant, qui s'intègre discrètement dans le paysage du cimetière. La sobriété de l'enveloppe extérieure contraste délibérément avec la richesse du décor intérieur, selon un principe esthétique courant dans l'architecture religieuse médiévale. Intérieurement, la chapelle est couverte d'une voûte en berceau légèrement brisée, typique du gothique méridional. C'est sur cette voûte que se déploie l'un des éléments les plus saisissants du décor : un fond noir d'encre semé d'étoiles blanches, évoquant la voûte céleste, sur lequel se détachent des anges porteurs de chandeliers, des médaillons à symboles théologiques et l'Agneau pascal. L'organisation du décor peint suit une hiérarchie spatiale rigoureuse : la zone basse est consacrée à une draperie simulée, la zone médiane aux saints et aux scènes narratives, et la zone haute aux mystères théologiques les plus élevés. Les peintures murales, exécutées à la détrempe sur enduit, révèlent la maîtrise d'un atelier formé aux techniques de la fresque méridionale. Les contours sont fermes, les coloris encore lisibles malgré les siècles, les compositions narratives — notamment les trois scènes de la Passion confondues en un même tableau — témoignent d'une liberté narrative propre à l'art gothique du XIVe siècle.


