Chapelle du 14e siècle dite Lanterne des morts
Nichée au cœur d'une cour saumuroise, cette chapelle funéraire du XIVe siècle aux fausses arcades gothiques et à la pyramide octogonale évoque l'ancestrale tradition des lanternes des morts de l'Anjou médiéval.
History
Au détour de la rue Saint-Nicolas, à Saumur, se dissimule l'un des joyaux les plus discrets du patrimoine funéraire médiéval de l'Anjou : la chapelle dite Lanterne des morts, édifiée au XIVe siècle dans l'enceinte de l'ancien cimetière Saint-Nicolas. Aujourd'hui enserrée entre les maisons comme une relique oubliée du tissu urbain, elle offre à celui qui la découvre l'émotion rare d'un face-à-face avec le Moyen Âge dans toute son intimité. Ce qui distingue immédiatement le monument, c'est la sophistication de son volume : une salle carrée sur laquelle repose une pyramide à quatre pans, puis à huit, la transition étant soulignée par de délicats pinacles. Cette géométrie ascendante n'est pas qu'esthétique — elle trahit une intention symbolique profonde, celle d'orienter le regard et la prière vers le ciel, au-dessus des défunts reposant alentour. L'intérieur, sobre et recueilli, se pare de quatre fausses arcades qui scandent l'espace avec une élégance toute gothique. L'acoustique de la petite salle, la pierre dorée typique du tuffeau saumurois et la lumière filtrée confèrent à la visite une atmosphère de méditation que les chapelles de grande renommée peinent parfois à égaler. La lanterne qui couronnait vraisemblablement le sommet de la pyramide donnait à l'édifice son rôle premier : guider les âmes et signaler aux vivants le lieu sacré du cimetière dans l'obscurité. Ce fanal de pierre appartenait à une tradition répandue en Anjou et en Poitou, mais peu d'exemples urbains ont survécu dans un état aussi lisible. Malgré sa transformation en habitation vers 1780 et son enclavement progressif dans le bâti, la chapelle a traversé les siècles sans perdre l'essentiel de sa substance architecturale. Classée monument historique dès 1922, elle attend aujourd'hui le visiteur curieux, en fond de cour, comme une confidence murmurée par la ville à ceux qui prennent le temps de l'écouter.
Architecture
L'architecture de la chapelle Lanterne des morts de Saumur repose sur un plan carré d'une grande simplicité, caractéristique des chapelles sépulcrales médiévales de petite dimension. Les murs, vraisemblablement en tuffeau — cette pierre calcaire blonde et tendre qui est la signature bâtissière du Val de Loire — sont scandés intérieurement par quatre fausses arcades en plein cintre ou légèrement brisées, qui confèrent à l'espace un rythme gothique élégant sans alourdir la structure. Ces arcades aveugles, purement décoratives, témoignent d'un soin formel inhabituel pour un édifice à vocation funéraire de quartier. La toiture constitue l'élément le plus remarquable et le plus original du monument. Sur la salle carrée s'élève une pyramide à quatre pans qui se transforme progressivement en octogone à huit pans, transition soulignée par de petits pinacles — élancés contreforts décoratifs à crochets gothiques — qui marquent visuellement le changement de plan. Cette disposition pyramido-octogonale, à la fois technique et symbolique, est directement héritée des traditions des lanternes des morts, dont la vocation était de porter une lumière en hauteur. Il est probable qu'une lanterne ajourée, aujourd'hui disparue, couronnait autrefois le sommet de cette pyramide, diffusant une lumière visible de loin dans l'enceinte du cimetière Saint-Nicolas.


