Chef-d'œuvre moderniste breton de 1936-1937, cette chapelle en béton armé aux arcs paraboliques audacieux abrite un décor exceptionnel signé par les maîtres du renouveau artistique breton : sculptures, peintures murales et vitraux d'une rare cohérence.
Au cœur du collège Saint-Joseph de Lannion, une chapelle s'impose comme l'une des réalisations les plus singulières de l'architecture religieuse bretonne du XXe siècle. Loin des conventions néogothiques ou néoromanes qui dominaient encore la construction d'édifices cultuels dans l'entre-deux-guerres, cet ouvrage tranche avec une modernité revendiquée, portée par la foi conjuguée de son architecte et d'un cercle d'artistes engagés dans la renaissance culturelle bretonne. Ce qui rend cette chapelle véritablement unique, c'est l'heureuse conjonction entre une structure architecturale d'avant-garde — l'usage généreux et expressif de l'arc parabolique en béton armé — et un programme décoratif d'une exceptionnelle cohérence. Sculptures, fresques murales et vitraux forment un ensemble total où chaque discipline dialogue avec les autres, sans jamais se faire concurrence. L'espace intérieur, modelé par la courbe austère et élancée du béton, est transfiguré par la lumière filtrée à travers les vitraux de Paul Rault, qui teintent l'atmosphère d'une gravité lumineuse proprement médiévale. L'expérience de visite est celle d'un recueillement presque physique : la géométrie parabolique de la nef crée une acoustique et une verticalité inattendues pour un édifice de proportions modestes. Les peintures murales de Xavier de Langlais, empreintes d'un lyrisme breton ancré dans la tradition iconographique celtique et chrétienne, enveloppent le fidèle ou le visiteur d'un récit visuel dense. Les sculptures de Jules-Charles Le Bozec complètent ce panorama avec une plasticité sobre, toute en tension retenue. Implantée au sein d'un établissement d'enseignement catholique encore en activité, la chapelle reste un lieu vivant, protégé au titre des monuments historiques depuis 1995. Sa visite s'adresse aussi bien aux amateurs d'architecture moderniste et d'art breton qu'aux passionnés d'histoire religieuse et sociale de la Bretagne du XXe siècle. Lannion, ville dynamique des Côtes-d'Armor nichée dans la vallée du Léguer, offre par ailleurs un cadre patrimonial riche qui prolonge naturellement la découverte.
La chapelle repose sur un parti architectural radical pour l'époque : l'emploi systématique de l'arc parabolique en béton armé comme élément structurel et formel principal. Cette courbe, plus élancée que l'ogive gothique et plus dynamique que le plein cintre roman, confère à la nef une verticalité surprenante et une tension ascensionnelle saisissante. Le béton brut, assumé sans revêtement trompeur, dialogue avec le décor intérieur plutôt qu'il ne s'y oppose, jouant le rôle d'une ossature expressive et honnête. L'extérieur de l'édifice présente une volumétrie sobre, dominée par les courbes paraboliques répétées qui rythment les façades et signalent depuis l'extérieur la logique structurelle intérieure. La toiture suit les formes engendrées par les arcs, épousant une géométrie non conventionnelle qui distingue immédiatement le bâtiment de la production religieuse contemporaine. Les matériaux de couverture, en harmonie avec le béton des murs, participent à l'unité austère de l'ensemble. L'intérieur est le lieu de l'épanouissement de l'œuvre. Les arcs paraboliques scandent la nef en travées lumineuses, tandis que les vitraux de Paul Rault diffusent une lumière colorée qui modifie son caractère selon les heures et les saisons. Les peintures murales de Xavier de Langlais recouvrent les surfaces planes d'une iconographie dense et lisible, mêlant références bretonnes et universelles chrétiennes. Les sculptures de Jules-Charles Le Bozec, intégrées aux points nodaux de l'espace, complètent ce programme décoratif total, faisant de cette chapelle un des exemples les plus aboutis de l'art sacré breton du XXe siècle.
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