
Chambre de Commerce et d'Industrie de l'Indre
Chef-d'œuvre discret d'Albert Laprade à Châteauroux : une façade néo-antique aux bossages sculptés et bas-reliefs d'Alfred Janniot, célébrant les richesses de l'Indre depuis 1932.

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History
Au cœur de Châteauroux, sur la Place Gambetta, la Chambre de Commerce et d'Industrie de l'Indre dissimule derrière une façade d'une élégante sobriété l'une des réalisations les plus raffinées d'Albert Laprade dans sa région natale. Là où d'autres architectes auraient cédé à l'ostentation, Laprade a choisi la mesure et la rigueur, livrant une œuvre qui impressionne sans jamais écraser. Ce qui distingue cet édifice de la production architecturale ordinaire des années 1930, c'est précisément ce dialogue subtil entre modernité et tradition classique. L'entrée, conçue comme un arc monumental ou une porte de ville antique, s'ouvre sur la place par de grandes baies cintrées rythmées de bossages à refends. Loin d'être un simple pastiche, ce vocabulaire architectural emprunté à l'Antiquité est traité avec une franchise du dessin et une justesse des proportions qui caractérisent le génie particulier de Laprade. Le visiteur attentif ne manquera pas le bas-relief monumental signé Alfred Janniot, grand prix de Rome, qui orne la façade. Ce sculpteur avait déjà collaboré avec Laprade au Musée des Colonies de Paris en 1931, couvrant la façade d'une immense tapisserie de pierre. Ici, à une échelle plus intimiste, Janniot célèbre les richesses agricoles et industrielles du département de l'Indre avec un même souci du détail et de la narration sculpturale. L'intervention de Laprade s'articule intelligemment autour du bâtiment existant — l'ancien Hôtel des Postes du XIXe siècle —, dont il conserve les ailes latérales tout en insérant une nouvelle construction dans la cour intérieure. La liaison entre l'ancien et le nouveau est assurée par de grandes arcades qui ferment les passages latéraux, créant une cohérence architecturale d'une remarquable fluidité. Hors des circuits touristiques habituels de la région Centre-Val de Loire, ce monument inscrit au titre des Monuments Historiques depuis 2001 s'adresse aux amateurs d'architecture du XXe siècle, aux passionnés de l'entre-deux-guerres et à quiconque apprécie ces œuvres discrètes qui révèlent leur profondeur à qui sait regarder.
Architecture
L'intervention d'Albert Laprade sur l'ancien Hôtel des Postes repose sur un principe de composition tripartite : deux ailes latérales héritées du bâtiment du XIXe siècle encadrent une entrée centrale entièrement neuve, conçue comme un édifice autonome en dialogue avec son environnement urbain. Cette entrée, donnant sur la Place Gambetta, est traitée à la manière d'un arc monumental ou d'une porte de ville antique, avec de grandes ouvertures cintrées qui animent généreusement la façade. Les murs sont rythmés par des bossages à refends, traitement de surface à la fois classique et graphique, qui confère à l'ensemble une monumentalité mesurée. La liaison avec les corps existants est assurée par de grandes arcades fermant les passages latéraux, créant une continuité visuelle parfaitement cohérente. L'élément sculptural majeur est le bas-relief d'Alfred Janniot qui orne la façade, véritable programme iconographique dédié aux ressources du département : agriculture berruyère, artisanat local, industrie naissante y sont figurés avec le réalisme allégorique caractéristique de la sculpture officielle de l'entre-deux-guerres. Ce décor sculpté établit un lien direct avec la production parisienne de Laprade et Janniot, conférant à cet édifice provincial une ambition et une qualité d'exécution comparables aux grandes réalisations de la capitale. Dans la cour intérieure, la nouvelle aile construite par Laprade adopte un langage architectural sobre et fonctionnel, caractéristique du modernisme tempéré des années 1930. L'ensemble révèle les qualités constantes de Laprade : justesse des proportions, franchise du dessin, sobriété du vocabulaire décoratif, et cette capacité rare à créer une œuvre à la fois résolument moderne et profondément ancrée dans la tradition classique française.


