Caves dites des Mousseaux
Creusées dans le tuffeau à Dénezé-sous-Doué, ces caves du XVIe siècle recèlent un peuple de pierre fascinant : des centaines de sculptures rupestres énigmatiques, uniques en France, aux scènes aussi grotesques que mystérieuses.
History
Au cœur du Val d'Anjou, dans le village de Dénezé-sous-Doué, les Caves des Mousseaux constituent l'une des curiosités les plus déroutantes du patrimoine troglodytique français. Creusées dans la roche tendre de tuffeau blanc qui caractérise le sous-sol de ce territoire, ces galeries souterraines de la seconde moitié du XVIe siècle surprennent moins par leur architecture que par ce qu'elles renferment : un peuplement extraordinaire de sculptures rupestres en bas-relief, taillées à même la paroi, dont le sens profond continue de défier les historiens de l'art. Ce qui rend les Caves des Mousseaux absolument uniques en France, c'est la densité et l'étrangeté de ce bestiaire humain gravé dans la roche. On y dénombre plusieurs centaines de personnages — hommes, femmes, enfants, créatures hybrides — aux attitudes souvent grotesques, obscènes ou carnavalesques, évoquant une imagerie proche des vanités renaissantes, des charivaris populaires ou de certaines représentations maçonniques. Nulle part ailleurs en Anjou, ni sans doute en France, on ne retrouve une telle densité de sculpture populaire anonyme dans un cadre souterrain. L'expérience de visite est résolument insolite. En descendant dans les galeries à la lumière artificielle, le visiteur se retrouve cerné de visages grimaçants, de silhouettes en ronde-bosse, de scènes dont l'interprétation oscille entre le burlesque et le rituel. L'atmosphère fraîche et silencieuse des souterrains amplifie cette sensation d'entrer dans un monde parallèle, hors du temps et de la raison ordinaire. Photographes et amateurs d'art roman populaire y trouveront une source inépuisable d'émerveillement. Le site s'inscrit dans un terroir où le tuffeau a façonné toute une civilisation souterraine. Dénezé-sous-Doué se trouve à quelques kilomètres de Doué-la-Fontaine, capitale des roses et haut lieu des habitations troglodytiques angevines. Les Caves des Mousseaux bénéficient d'une inscription au titre des Monuments Historiques depuis 1969, reconnaissance de leur caractère exceptionnel et de la nécessité de les préserver pour les générations futures.
Architecture
Les Caves des Mousseaux appartiennent à la grande famille des habitats et espaces troglodytiques creusés dans le tuffeau du Val de Loire, un matériau qui, en séchant après extraction, acquiert une dureté suffisante pour permettre des creusements en galeries stables. Le site se présente comme un ensemble de galeries souterraines horizontales, développées sur plusieurs dizaines de mètres, à faible profondeur sous la surface. Les plafonds voûtés en berceau, taillés directement dans la roche, présentent une hauteur modeste mais suffisante pour la circulation, caractéristique des caves vinicoles et des espaces de stockage angevins du XVIe siècle. L'élément architectural — et artistique — le plus remarquable est constitué par les bas-reliefs sculptés qui tapissent les parois sur plusieurs centaines de mètres carrés. Les personnages, dont certains atteignent des hauteurs de 40 à 60 centimètres, sont traités dans un style populaire et expressif, sans prétention académique mais avec une vigueur plastique indéniable. Les visages sont souvent volontairement grotesques ou déformés, les corps traités de façon schématique mais reconnaissable. Certaines scènes semblent relever d'un programme iconographique cohérent ; d'autres paraissent improvisées, ajoutées au fil des visites successives. La lumière naturelle est absente des galeries, ce qui implique que ces sculptures étaient taillées et contemplées à la lueur de torches ou de chandelles, ajoutant une dimension scénographique à ces espaces. La roche de tuffeau, d'un blanc crème légèrement jaunâtre, conserve remarquablement les détails sculptés malgré les siècles et l'humidité relative des souterrains.


