Casino municipal
Fleuron disparu du thermalisme aixois des années folles, l'ancien Casino municipal d'Aix-en-Provence incarnait l'alliance du béton armé, de l'Art Déco et de l'âme provençale — un palais du jeu et du plaisir aujourd'hui démoli.
History
Aix-en-Provence, ville d'eaux et de culture, connut dans l'entre-deux-guerres un ultime grand rêve thermal : l'édification d'un casino municipal destiné à raviver le prestige de ses thermes et à attirer une clientèle cosmopolite en quête de divertissement raffiné. Inauguré en 1923, l'édifice s'inscrivait dans un projet urbain ambitieux associant hôtel-palace, parc paysager et établissement thermal — une constellation de loisirs digne des grandes stations balnéaires de la Côte d'Azur ou des villes d'eaux européennes. Ce qui rendait ce casino singulier, c'était la superposition de deux esthétiques d'époques différentes. La structure originelle, en béton armé habillé de staff, arborait fièrement les motifs géométriques et les pilastres en trompe-l'œil de marbre typiques de l'Art Déco triomphant des années 1920. Puis, dans le contexte particulier de 1942, l'architecte Courrèges entreprit une métamorphose du décor intérieur, substituant à la modernité jazzy un registre néo-provençal plus ancré dans la tradition régionale — deux couches d'histoire superposées comme un palimpseste architectural. L'âme artistique du lieu se cristallisait autour d'une cheminée monumentale ornée d'un bas-relief du sculpteur Botinelly : une frise de danseurs provençaux dont le mouvement vivant semblait faire résonner les tambourins de la Crau dans les salles feutrées du jeu. Ce détail sculpté, d'une rare qualité plastique, témoignait des ambitions culturelles qui présidaient à la conception de l'édifice. Malheureusement, le casino connut le sort de nombreux équipements de loisirs du XXe siècle : progressivement délaissé à partir de 1993, puis désaffecté en 2002, il fut démoli entre avril et mai 2003. Seuls les éléments de décor déposés avant la démolition subsistent comme témoins d'un monde disparu. Aujourd'hui, ce monument absent hante la mémoire patrimoniale d'Aix-en-Provence, rappelant combien la protection du patrimoine du XXe siècle reste un enjeu crucial pour les générations futures.
Architecture
Le Casino municipal d'Aix-en-Provence illustrait la modernité constructive des années 1920 avec son ossature en béton armé à poteaux et poutres, système structurel qui libérait les façades de toute contrainte portante et permettait des aménagements intérieurs flexibles et lumineux. Cette charpente rationnelle se dissimulait derrière un habillage en staff — mélange de plâtre et de matières fibreuses moulées — qui autorisait une ornementation fine et abondante à moindre coût, caractéristique des grands équipements de loisirs de l'entre-deux-guerres. Dans sa version originelle des années 1920, la décoration intérieure relevait pleinement du vocabulaire Art Déco : motifs géométriques stylisés, jeux de symétrie, pilastres en trompe-l'œil imitant le marbre précieux, surfaces lisses rythmées par des reliefs contenus. Ce langage formel, à la fois luxueux et moderne, était parfaitement adapté à un lieu destiné à une clientèle bourgeoise et cosmopolite en quête d'élégance contemporaine. La refonte de 1942 par l'architecte Courrèges substitua à cette esthétique internationale un registre néo-provençal : enduits chaulés évoquant les mas régionaux, motifs floraux et folkloriques, références aux arts décoratifs du Midi. La cheminée sculptée par Botinelly, avec sa frise de danseurs provençaux au modelé expressif et rythmé, constituait le point focal artistique de cet intérieur recomposé, témoignage d'une volonté d'ancrage culturel dans la tradition méditerranéenne.
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Map
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