Dressé au cœur du village breton de Cohazé, ce calvaire monumental du XVIe siècle conjugue fût de granit sculpté, dais à colonnettes et double iconographie — Christ en croix et Vierge à l'Enfant — dans une sobre élégance bretonne.
Au sud de la chapelle de Cohazé, dans la campagne discrète du Morbihan, s'élève l'un de ces calvaires de granit qui ponctuent le territoire breton comme autant de sentinelles de pierre. Le calvaire de la Croix-de-Cohazé est un exemple remarquable de la piété populaire bretonne du XVIe siècle, alliant rigueur architecturale et richesse iconographique dans un format intime qui contraste avec les grandes compositions monumentales de Guimiliau ou de Pleyben. Ce qui distingue ce calvaire de tant d'autres croix de chemin, c'est la sophistication de sa conception. Loin d'être une simple croix plantée dans la terre, il s'articule autour d'un programme sculptural complet : un socle carré exhaussé de trois marches invite le visiteur à s'approcher rituellement, comme pour gravir symboliquement les degrés d'une prière. Le fût de granit, soigneusement taillé, se prolonge vers un chapiteau ornemental d'où naît un dais à quatre colonnettes dégagées — élément architectural rarissime à cette échelle — abritant les deux faces sculptées de l'œuvre. L'expérience de visite est celle du recueillement et de la contemplation. Côté ouest, le Christ en croix déploie son message de rédemption dans la lumière oblique du soleil couchant, tandis que côté est, la Vierge à l'Enfant offre une image de tendresse et de maternité sacrée. Cette dualité théologique — Passion et Incarnation — sur un même monument est caractéristique de la dévotion bretonne de la Renaissance, qui aimait à rappeler simultanément le mystère de la naissance et celui du sacrifice. Le cadre bucolique de Saint-Thuriau, commune lovée dans la vallée du Blavet, renforce l'atmosphère mélancolique et recueillie qui enveloppe ce monument. Les photographes apprécieront particulièrement les jeux de lumière rasante qui font ressortir les reliefs du granit au lever ou au coucher du soleil, révélant la virtuosité d'un tailleur de pierre anonyme qui avait assimilé les influences de la Renaissance péninsulaire sans renoncer à l'âme bretonne de son art.
Le calvaire de la Croix-de-Cohazé présente une composition architecturale en trois niveaux qui témoigne d'une recherche formelle soignée, inhabituelle pour un monument de dévotion rurale. À la base, un socle carré exhaussé de trois degrés de granit taillé fonde littéralement et symboliquement le monument : ces marches, qui reprennent la tradition du Golgotha, invitent le fidèle à s'approcher dans un mouvement d'élévation progressive, physique autant que spirituelle. Ce dispositif de base est commun aux calvaires bretons de qualité, mais il est ici exécuté avec une régularité géométrique qui dénote le soin apporté à l'ensemble. Le fût monolithe de granit local, matériau quasi exclusif de la sculpture monumentale bretonne en raison de sa résistance aux intempéries atlantiques et de son abondance dans le sous-sol armoricain, se développe vers un chapiteau de transition qui sert de support à la pièce architecturale la plus remarquable du monument : un dais à quatre colonnettes dégagées. Cet élément, qui évoque les baldaquins de l'architecture gothique flamboyante et les édicules de la statuaire de plein air, confère au calvaire une élégance structurelle rare dans les croix de chemin. Les colonnettes, finement travaillées, soulignent l'ambition artistique de la commande et distinguent l'œuvre de la production courante. Sous ce dais protecteur s'inscrivent les deux reliefs sculptés qui constituent le cœur iconographique du monument. Sur la face principale, le Christ en croix est traité selon les conventions de la sculpture bretonne de la Renaissance : corps hiératique, drapé du périzonium, expression mêlant souffrance et sérénité. Au revers, la Vierge à l'Enfant — sujet de dévotion majeur dans la Bretagne mariale du XVIe siècle — offre un contrepoint de tendresse. La dualité de ces deux représentations sur un même support architectural est caractéristique du programme iconographique des calvaires de cette époque et de cette région.
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