Niché dans le Trégor breton, ce modeste calvaire du XVIIIe siècle, perché sur le portail de la chapelle de Lancerf, abrite un secret impérial : les restes d'héritiers de Napoléon III reposent en ces murs.
Au cœur du pays de Paimpol, sur la presqu'île de Ploubazlanec que borde l'estuaire du Trieux, la chapelle de Lancerf se dresse dans un écrin de campagne bretonne où le vent marin effleure les lichens des vieilles pierres. Chapelle rurale d'apparence humble, elle recèle pourtant une densité historique et artistique qui dépasse largement sa modeste silhouette. Ce qui distingue immédiatement Lancerf, c'est son petit calvaire du XVIIIe siècle, sobrement disposé au sommet de l'arc du portail sud. Loin des calvaires monumentaux aux multiples personnages qui font la fierté de la Bretagne — Guimiliau, Plougonven ou Saint-Thégonnec —, celui de Lancerf impose par sa retenue même. Sculpté dans le granite gris de la région, il dialogue silencieusement avec le porche latéral méridional et l'architecture composite de la chapelle, fruit de plusieurs siècles de remaniements. La croix, qui provient très probablement de l'ancien cimetière paroissial ceintrant l'édifice, a traversé le temps avec une élégante discrétion. La visite de la chapelle et de son calvaire convoque plusieurs temporalités à la fois : le XVIe siècle fondateur, les adjonctions baroques du XVIIe, les restaurations du XIXe et enfin l'atmosphère particulière d'un édifice qui fut, un temps, associé à l'histoire de la famille impériale française. Car Lancerf conserverait les restes d'un fils et d'un petit-fils de Napoléon III, conférant à ce lieu de culte breton une dimension dynastique inattendue. Le cadre environnant parachève l'enchantement. La presqu'île de Ploubazlanec, célébrée par Pierre Loti dans Pêcheur d'Islande pour ses veuves de marins regardant la mer, offre des paysages d'une mélancolie saisissante. Rejoindre Lancerf en longeant les chemins creux et les murets de schiste qui quadrillent le bocage côtier relève d'une promenade hors du temps, où chaque détour révèle un panorama sur la baie de Paimpol ou les silhouettes de l'île de Bréhat.
La chapelle de Lancerf présente une architecture composite caractéristique des édifices ruraux bretons ayant traversé plusieurs siècles de transformations. Son plan se développe autour d'une nef unique flanquée de deux petites chapelles latérales formant un transept peu saillant, conférant à l'ensemble une silhouette en croix latine sobre et ramassée. Un porche latéral sud, élément typique de l'architecture religieuse bretonne, protège le portail principal et constitue un espace de transition entre le monde profane et le sanctuaire. Le matériau dominant est le granite local, pierre de construction quasi universelle dans ce secteur des Côtes-d'Armor, dont les teintes grises légèrement rosées varient selon l'exposition et le degré de couverture lichénique. Les appareillages révèlent les différentes phases de construction : des assises plus régulières dans les parties anciennes contrastent avec des reprises plus hétérogènes datant du XIXe siècle. La toiture, à longs pans, est couverte d'ardoise, autre matériau emblématique de l'architecture bretonne. L'élément architectural le plus remarquable reste le calvaire du XVIIIe siècle, judicieusement positionné au sommet de l'arc du portail sud. Taillé dans le granite selon les canons de la sculpture populaire bretonne de l'époque — lignes épurées, Christ stylisé aux proportions élancées —, il dialogue avec la mouluration sobre de l'arc et le couronnement du porche. Ce choix de mise en valeur, qui transforme un élément funéraire en ornement architectural, témoigne d'une sensibilité esthétique propre aux maîtres d'œuvre locaux du siècle des Lumières.
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Ploubazlanec
Bretagne