Sentinelle médiévale d'Ille-et-Vilaine, le Château du Bordage conserve sa mystérieuse tour aux Chiens, vestige d'une forteresse du XIVe siècle qui fut le refuge du grand folkloriste breton Paul Sébillot.
Au cœur du pays de Rennes, à Ercé-près-Liffré, le Château du Bordage se dresse comme un fragment de Moyen Âge résistant au passage du temps. Ce qui subsiste de la grande forteresse quadrangulaire du XIVe siècle suffit à restituer l'ampleur d'un ensemble défensif qui comptait parmi les plus imposants de la marche bretonne : sept tours, un donjon de cinq étages, des douves profondes et une enceinte découpée en deux cours distinctes. Aujourd'hui, la tour dite « aux Chiens » demeure l'ambassadrice de cette gloire passée. Ce qui rend le Bordage véritablement singulier, c'est l'alliance improbable entre la pierre guerrière et la mémoire des traditions populaires. La demeure fut en effet le refuge de Paul Sébillot, infatigable collecteur de légendes, de contes et de croyances bretonnes, dont les travaux constituent encore aujourd'hui une source inépuisable pour les chercheurs en ethnologie. Séjourner ici, c'est donc marcher sur deux strates d'histoire : celle des seigneurs en armure et celle de l'homme de plume hanté par les feux follets et les korrigans. La tour aux Chiens concentre à elle seule l'essentiel de l'intérêt architectural du site. Sa salle basse voûtée, équipée de cheminées et de petits réduits creusés dans l'épaisseur des murs, offre une atmosphère d'une authenticité rare, à mille lieues des reconstitutions muséographiques trop léchées. Les pierres suent encore l'humidité des siècles, et l'on imagine sans peine les chiens de chasse seigneuriaux y trouvant abri par les nuits d'hiver. Le cadre bocager qui entoure le château renforce l'impression de retrait hors du temps. Les collines douces d'Ille-et-Vilaine composent un écrin végétal discret mais enveloppant, propice à une visite mélancolique et contemplative. Loin du tourisme de masse, le Bordage s'adresse à ceux qui aiment leurs découvertes silencieuses et leurs émotions intactes.
Le Château du Bordage illustre le type de la forteresse seigneuriale bretonne du bas Moyen Âge, dont le plan quadrangulaire flanqué de tours d'angle est caractéristique des constructions militaires du XIVe siècle. Dans sa configuration d'origine, sept tours défendaient l'enceinte : quatre aux angles, trois au milieu des courtines est, sud et ouest, auxquelles s'ajoutait un imposant donjon de cinq étages sur le flanc oriental. Cet arsenal défensif, renforcé par des douves périphériques, classait le Bordage parmi les châteaux de premier rang de la région rennaise. De l'ensemble médiéval, la tour occidentale dite « tour aux Chiens » est aujourd'hui le témoin le mieux conservé. Sa maçonnerie en moellon de granite local, matériau roi de la construction bretonne, révèle la robustesse d'une mise en œuvre soignée. À l'intérieur, la salle basse est couverte d'une voûte en berceau ou d'ogives dont les retombées s'appuient sur les murs épais de la tour. Des cheminées à manteau de pierre et des réduits creusés dans l'épaisseur des parois complètent cet espace fonctionnel, qui servait vraisemblablement à loger les chiens de chasse seigneuriaux — d'où son surnom. Cette pratique de nommer les tours selon leur usage est fréquente dans les grandes forteresses médiévales et témoigne d'une organisation domestique précise. Les bâtiments subsistants, pour l'essentiel remaniés aux XVIIe et XVIIIe siècles, reflètent l'évolution progressive du château vers une résidence plus confortable, selon un mouvement général qui transforme les forteresses bretonnes en demeures de gentilhommes. Les matériaux demeurent locaux — granite et schiste —, mais les ouvertures s'agrandissent et les profils s'adoucissent, trahissant les goûts d'une époque où le confort prend le pas sur la défense.
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Ercé-près-Liffré
Bretagne