Niché au cœur d'un parc séculaire en Bretagne, le manoir de Boisgelin dévoile trois siècles d'architecture seigneuriale, du granit Renaissance au fronton brisé baroque, dans un écrin de nature préservée.
Au détour d'un chemin bocager des Côtes-d'Armor, le manoir de Boisgelin — connu également sous le nom de Château-Hôtel de Coatguelen — surgit avec la discrétion hautaine des grandes demeures bretonnes. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1964, cet ensemble seigneurial raconte, pierre à pierre, l'évolution du goût aristocratique du XVIe au XVIIIe siècle, sans jamais céder à l'ostentation. Ce qui rend Boisgelin singulier, c'est précisément cette stratification lisible à l'œil nu : trois campagnes de construction distinctes se succèdent en un récit architectural cohérent, de l'aile est Renaissance au fronton brisé baroque qui couronne la porte d'entrée centrale. Le granit local, taillé avec soin, confère à l'ensemble cette teinte grise et austère si caractéristique de l'architecture manoriale bretonne, que les lumières rasantes de l'automne ou les matins brumeux subliment d'une manière incomparable. Le parc qui entoure le manoir constitue un élément patrimonial à part entière. Les vestiges des bassins, aujourd'hui métamorphosés en étang, et les pilastres monumentaux des portes de la cour d'honneur témoignent d'une organisation jardinière ambitieuse, probablement inspirée des grands jardins à la française du Grand Siècle. Ces structures végétales et hydrauliques, partiellement restituées par le temps et la végétation, confèrent au lieu une mélancolie romantique que les amateurs de jardins « en ruine » apprécieront particulièrement. Le motif d'entrée du jardin au nord, toujours visible, offre un axe de composition remarquable et révèle les ambitions esthétiques des familles qui se sont succédé ici. Explorer Boisgelin, c'est se laisser guider par cette logique de l'inachèvement maîtrisé, où chaque époque a posé sa signature sans effacer celle de la précédente. Un lieu pour les curieux qui savent lire les pierres autant que les livres.
Le manoir de Boisgelin présente un plan en U caractéristique de l'architecture manoriale bretonne des XVIe et XVIIe siècles : un corps de logis principal en granit constitue le pivot de la composition, flanqué de deux ailes à un étage sur rez-de-chaussée qui délimitent une cour d'honneur ouverte. Le granit gris local, matériau de prédilection des bâtisseurs armoricains, confère à l'ensemble sa robustesse et cette palette chromatique sobre, teintée de lichens dorés, si caractéristique des demeures de la région. L'élément architectural le plus saillant demeure le fronton brisé qui couronne la porte d'entrée centrale du corps de logis. Ce motif d'origine baroque, introduit en France dès la fin du XVIe siècle et popularisé au Grand Siècle, témoigne d'une maîtrise des codes décoratifs en vigueur dans les milieux aristocratiques. Il contraste harmonieusement avec la sévérité générale de la façade en granit, ménageant un effet de surprise bienvenu. L'aile est, la plus ancienne, conserve les caractéristiques de l'architecture Renaissance bretonne : proportions mesurées, percements réguliers, ornementation sobre. Le parc complète admirablement la lecture architecturale du lieu. Les pilastres des portes de la cour d'honneur, encore en place, structurent l'accès au domaine avec une solennité contenue. Le motif d'entrée du jardin au nord dessine un axe de perspective soigné, héritage probable d'une composition à la française. Les vestiges de bassins, reconvertis en étang, rappellent l'existence d'un système hydraulique ornemental jadis élaboré, typique des jardins aristocratiques du XVIIe siècle. La charpente du XVIIIe siècle, intérieure mais non moins précieuse, complète ce panorama de techniques et de savoir-faire accumulés.
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