Discret joyau du Penthièvre, le manoir de Boisfeuillet dresse ses lucarnes à frontons et ses maçonneries de granite au cœur des bocages costarmoricains. Un élégant témoignage de l'architecture seigneuriale bretonne du XVIIe siècle.
Niché dans la campagne de Pluduno, aux confins du pays de Lamballe et du Penthièvre, le manoir de Boisfeuillet est l'un de ces édifices ruraux bretons qui savent mêler sobriété et raffinement sans jamais céder à l'ostentation. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1927, il témoigne d'une architecture seigneuriale de qualité, caractéristique du XVIIe siècle costarmoricain, où la pierre locale dictait autant la forme que l'âme des bâtiments. Ce qui distingue Boisfeuillet au sein du patrimoine manoirial breton, c'est précisément cet équilibre entre la rigueur du granite gris et les élans décoratifs discrets — lucarnes mouluées, encadrements de fenêtres soignés, souches de cheminées bien proportionnées — qui signalent la volonté d'une famille noble de province d'affirmer son rang sans rivaliser avec les grandes demeures ligériennes. Le manoir appartient à cette catégorie d'édifices que les historiens de l'art qualifient de 'manoirs de confort', où la vie domestique prime sur la représentation militaire. La visite des abords révèle un ensemble cohérent : corps de logis principal, communs discrets et vestiges de jardin clos, dont la disposition trahit un souci d'organisation hérité des traités d'architecture circulant en France au tournant des XVIe et XVIIe siècles. L'environnement bocager préservé renforce le sentiment d'isolement temporel qui fait tout le charme de ces manoirs armoricains. Pour le photographe ou le passionné d'architecture rurale, Boisfeuillet offre des angles saisissants, notamment en lumière rasante de fin d'après-midi lorsque le granite prend des teintes miel et ardoise. Pour l'historien amateur, il incarne une page concrète de la petite noblesse bretonne post-Ligue, cherchant à reconstruire et moderniser ses demeures dans un contexte de paix revenue.
Le manoir de Boisfeuillet présente les caractéristiques typiques de l'architecture manoiriale bretonne du XVIIe siècle, période charnière où les influences de la Renaissance tardive se fondent avec les traditions constructives locales. Le corps de logis principal, bâti en granite du pays — pierre dure et grise qui constitue la signature des constructions armoricaines —, développe une façade ordonnée autour d'une travée centrale légèrement saillante. Les fenêtres à croisée ou à meneaux, surmontées de linteaux droits ou légèrement cintrés, sont encadrées de jambages en pierre de taille soigneusement appareillés, témoignant du soin apporté aux détails architecturaux. La toiture, couverte d'ardoises naturelles d'Anjou ou de Bretagne selon l'usage régional, est ponctuée de lucarnes à frontons triangulaires ou curvilignes qui apportent une touche décorative discrète à l'ensemble. Les souches de cheminées massives, caractéristiques des demeures de cette période dans les Côtes-d'Armor, témoignent de l'importance accordée au confort intérieur et à la vie domestique. Les communs, disposés en retour d'équerre ou en aile séparée, forment avec le logis principal un ensemble fonctionnel cohérent, typique de l'organisation des exploitations seigneuriales rurales. À l'intérieur, on peut supposer la présence d'une salle haute à charpente apparente, de cheminées monumentales à manteaux moulurés et de boiseries sobrement travaillées, conformément aux usages de la petite noblesse bretonne du Grand Siècle. L'escalier à vis en pierre ou l'escalier rampe-sur-rampe en bois constituent généralement la pièce maîtresse de la distribution intérieure dans ce type de manoir.
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Pluduno
Bretagne