Bâtiment de la Compagnie française d'Aviation
Joyau moderniste d'Angers, cet aérodrome-école de 1938-1939 conjugue béton armé, mosaïques Odorico et sculpture monumentale en un manifeste esthétique de l'aviation civile française.
History
Dressé aux portes d'Angers, le bâtiment de la Compagnie française d'Aviation est l'un des rares témoins intacts de l'architecture aéronautique civile de l'entre-deux-guerres en France. Sa silhouette horizontale et rigoureusement symétrique, coiffée d'une tour de contrôle qui s'élève avec une élégance toute fonctionnaliste, frappe dès l'abord par sa singularité dans un patrimoine angevin davantage associé aux tuffeau et aux châteaux ligériens. Là où beaucoup d'édifices industriels de l'époque sacrifiaient l'esthétique à l'efficacité, l'architecte Bricard a choisi l'inverse : chaque surface est pensée comme une déclaration artistique. La figure centrale en béton moulé qui orne la façade principale convoque à la fois les codes de l'Art déco tardif et la symbolique héroïque de la conquête du ciel, si chère aux années 1930. Le sol intérieur, signé de l'atelier Odorico, transforme le hall en véritable tapisserie de grès céramé, rappelant que la mosaïque contemporaine pouvait rivaliser avec les arts les plus nobles. L'expérience de visite est celle d'un voyage dans le temps : on y perçoit le souffle d'une époque où l'aviation était encore un rêve presque neuf, une aventure réservée aux audacieux. Les menuiseries métalliques, les toitures-terrasses asphaltées et la rigueur des volumes évoquent les manifestes du mouvement moderne, tout en conservant une chaleur décorative propre au goût français. Pour les amateurs de patrimoine industriel, d'architecture moderniste ou simplement d'histoire de l'aviation, ce bâtiment discret mais profondément expressif constitue une halte indispensable. Il témoigne d'un moment charnière où la France investissait dans la formation de ses pilotes civils, pressentant l'avenir stratégique et commercial du transport aérien.
Architecture
Le bâtiment de la Compagnie française d'Aviation s'inscrit pleinement dans l'esthétique fonctionnaliste et moderniste des années 1930, teintée d'un Art déco sobre propre aux édifices publics et semi-publics de la fin de la IIIe République. Sa composition repose sur un principe de symétrie stricte : un long corps principal horizontal, dont l'axe est marqué par un portique à escalier monumental surmonté d'une tour de contrôle. Cet élément vertical, à la fois signal urbain et équipement technique, confère à l'édifice sa silhouette immédiatement reconnaissable et son caractère aéroportuaire affirmé. La structure est entièrement en béton armé, matériau de prédilection de la modernité architecturale de l'époque, mis en œuvre avec une maîtrise technique remarquable. Les toitures-terrasses asphaltées, les grandes menuiseries métalliques et l'horizontalité générale des volumes rappellent les préceptes corbuséens tout en les adaptant à un programme fonctionnel précis. La façade principale est animée par une figure centrale en béton moulé, composition sculpturale qui évoque probablement l'allégorie de l'aviation ou de la vitesse, inscrite dans la tradition des décors monumentaux civils de l'entre-deux-guerres. À l'intérieur, c'est la mosaïque de sol réalisée par l'atelier Odorico qui constitue le point d'orgue décoratif. Cet atelier rennais, fondé par Isidore Odorico, a marqué de son empreinte chromée de nombreux équipements publics du Grand Ouest français durant la première moitié du XXe siècle. Les sols de grès céramé, aux motifs géométriques ou figuratifs, transforment les circulations en espaces de représentation, conférant à ce bâtiment technique une dignité intérieure inattendue.


