
Barrage des Mazelles (également sur commune de Pouillé)
Joyau du génie hydraulique du XIXe siècle, le barrage à aiguilles des Mazelles incarne l'âge industriel triomphant : prototype européen d'une technologie qui a traversé l'Atlantique jusqu'à l'Ohio.

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History
Sur les eaux paisibles du Cher, entre Thésée et Pouillé, se dresse l'un des ouvrages hydrauliques les plus discrets et les plus influents de France. Le barrage des Mazelles n'a pas la majesté d'une cathédrale ni la prestance d'un château, mais son importance dans l'histoire du génie civil mondial est sans équivalent pour un ouvrage de cette taille. Construit dans le deuxième quart du XIXe siècle lors de la grande canalisation du Cher, il représente une étape décisive dans l'évolution des techniques de régulation fluviale. Ce qui distingue fondamentalement le barrage des Mazelles, c'est sa nature de prototype. Il appartient à une famille restreinte d'ouvrages ayant littéralement inventé la manière moderne de dompter les rivières navigables. Le système des fermettes mobiles à aiguilles, imaginé par l'ingénieur Poirée en 1833, trouve ici l'une de ses premières applications sur une rivière canalisée — et dans une version améliorée, grâce aux innovations de l'ingénieur d'Haranguier de Quincenot. Ces perfectionnements, notamment le recours à des tabliers en tôle et à un treuil mobile, ont ensuite été adoptés sur les barrages de la Meuse belge, puis au-delà des océans. L'expérience de visite est celle d'une plongée dans le silence de l'industrie ouvrière du XIXe siècle. Pas de dorures ni de tourelles, mais des mécanismes d'une logique implacable : fermettes trapézoïdales que l'on couche dans le lit de la rivière ou que l'on redresse selon les besoins du trafic fluvial, écluse en maçonnerie, déversoir réglant les crues. Observer cet ensemble, c'est comprendre comment des ingénieurs ont apprivoisé une rivière capricieuse pour en faire une voie marchande fiable. Le cadre naturel ajoute à la contemplation. Le Cher y déroule ses méandres entre des rives boisées typiques de la Touraine profonde, loin des circuits touristiques battus. Photographes et amateurs d'archéologie industrielle y trouveront matière à s'attarder longuement, dans une atmosphère où le temps semble suspendu entre l'eau et le métal rouillé.
Architecture
Le barrage des Mazelles est un barrage à fermettes mobiles et à aiguilles, type d'ouvrage hydraulique apparu en France dans les années 1830. Son principe repose sur des fermettes trapézoïdales disposées parallèlement au courant, articulées sur un seuil de fond — ici une longrine plutôt qu'un radier maçonné traditionnel, ce qui facilite le remplacement de cette pièce particulièrement exposée à l'usure. Ces fermettes peuvent pivoter : couchées dans le lit de la rivière, elles libèrent le passage pour les bateaux et en période de crue ; relevées, elles forment avec les aiguilles intercalées un barrage retenant l'eau à la cote navigable. Le remplacement du pont en planches original par des tabliers en tôle, innovation propre aux barrages du Cher, confère à l'ensemble une robustesse accrue et une silhouette caractéristique, reconnaissable entre tous les ouvrages de la même famille. L'ensemble comprend trois éléments fonctionnels distincts. Le pertuis navigable, cœur du dispositif mobile, peut être entièrement barré par le jeu des fermettes et de leurs aiguilles. L'écluse en maçonnerie, flanquant le pertuis, assure la communication entre les biefs amont et aval ; ses deux vantaux métalliques, remplacés à une date indéterminée, ne sont plus d'origine mais témoignent de la vie opérationnelle prolongée de l'ouvrage. Le déversoir, troisième composante, remplit un rôle de sécurité hydraulique en évacuant les excès de débit lors des crues ou des éclusées, évitant ainsi toute submersion incontrôlée. Les fermettes, d'une hauteur n'excédant pas 2,50 mètres, sont proportionnées à la modeste largeur du Cher en ce secteur, témoignant d'une adaptation intelligente du système général aux réalités locales de la rivière.


