Joyau architectural de Bénodet, la villa le Minaret (1926-1928) mêle avec audace l'orientalisme marocain et l'esthétique paquebot, signée Albert Laprade — une œuvre rare et envoûtante face à l'Atlantique.
Nichée dans la verdure de Bénodet, à l'embouchure de l'Odet, la villa le Minaret est l'une des constructions les plus singulières de toute la Bretagne. Érigée entre 1926 et 1928 par l'architecte Albert Laprade, elle déroute et fascine par sa silhouette composite, à mi-chemin entre la médina de Rabat et les grandes transatlantiques qui sillonnaient alors les mers. Rien, dans le paysage breton, ne ressemble à cet édifice. Ce qui rend ce monument absolument unique, c'est la tension créatrice qui l'anime : Laprade y conjugue deux mondes en apparence opposés. Les volumes contrastés, la blancheur des façades, les toits-terrasses à garde-corps et les fenêtres prismatiques en ressaut évoquent irrésistiblement la modernité du Mouvement moderne, tandis que la dissymétrie assumée, les références à l'architecture arabe et la composition du jardin trahissent une âme profondément orientale. Cette dualité est le cœur battant de la villa. Visiter le Minaret aujourd'hui, c'est pénétrer dans un espace hors du temps. Hôtel de charme depuis plusieurs décennies, le bâtiment a su préserver l'essentiel de son âme d'origine : une partie du décor intérieur, la composition savante du jardin que Laprade conçut avec le même soin que l'architecture elle-même, et cette silhouette inimitable que l'on découvre avec étonnement depuis la route côtière ou les promenades longeant l'Odet. Le cadre renforce encore la magie du lieu. Bénodet, station balnéaire prisée depuis la Belle Époque, offre à la villa un environnement de pins maritimes, de lumières atlantiques et de brise marine qui souligne sa blancheur et ses lignes tranchées. Les photographes y trouvent un sujet inépuisable selon les heures et les saisons, tant la villa joue avec la lumière de manière spectaculaire. Classée Monument Historique depuis 1997, la villa le Minaret témoigne de la capacité de l'architecture du XXe siècle à transcender les frontières culturelles et géographiques. Elle reste, quatre-vingt-dix ans après sa construction, un objet architectural vivant, habité et admiré.
La villa le Minaret s'inscrit dans le courant dit de l'« architecture paquebot », ce style caractéristique de l'entre-deux-guerres qui emprunte aux grandes transatlantiques leur vocabulaire formel : volumes blancs et horizontaux, toits-terrasses ceints de garde-corps tubulaires, hublots et fenêtres en bandeaux. Mais Laprade y ajoute une couche de complexité culturelle rare : la dissymétrie générale du volume, l'élancement d'une tour évoquant un minaret, les arcatures et les proportions des espaces extérieurs sont autant de réminiscences de l'architecture andalouse et marocaine qu'il avait absorbée à Rabat. L'extérieur frappe par ses contrastes : des façades enduites à la blancheur méditerranéenne côtoient des fenêtres prismatiques en ressaut qui projettent leurs volumes géométriques vers l'extérieur, captant la lumière rasante de la côte bretonne. Les toits-terrasses accessibles prolongent l'espace habitable vers le ciel et l'horizon maritime, tandis que la silhouette d'ensemble, vue depuis le jardin, joue sur une asymétrie savamment orchestrée qui refuse toute monumentalité frontale conventionnelle. Le jardin, auquel Laprade accorda une attention égale à celle portée aux bâtiments, constitue une composante architecturale à part entière. Structuré selon des principes inspirés des jardins arabes — jeu de volumes végétaux, espaces de transition ombragés, mise en scène de la perspective — il dialogue en permanence avec les façades de la villa. L'intérieur a conservé des éléments de décor d'origine, notamment des carrelages et des boiseries qui renforcent l'atmosphère orientalisante recherchée par le commanditaire.
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