Ancienne église du Bourgmoyen
Fragment médiéval d'une grandeur révolue, les colonnes jumelles de Bourgmoyen préservent à Blois deux chapiteaux romans exceptionnels ornés de cavaliers affrontés, rescapés d'une abbatiale du XIIe siècle.
History
Au cœur de Blois, dissimulé dans l'enceinte d'un collège, subsiste l'un des vestiges romans les plus émouvants de la vallée de la Loire : les colonnes jumelles de l'ancienne église Notre-Dame de Bourgmoyen. Ce fragment architectural, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1928, constitue tout ce qui reste d'une vaste église abbatiale élevée dans la seconde moitié du XIIe siècle, à l'apogée de l'art roman ligérien. Ce qui frappe d'emblée, c'est la puissance évocatrice de ces deux fûts de pierre dressés côte à côte, surmontés de chapiteaux historiés d'une rare élégance. Leur décor sculpté — deux cavaliers affrontés, figés dans un face-à-face chargé de symboles chevaleresques — témoigne du niveau artistique atteint par les ateliers romans du Blésois au temps des grands Thibaudiens. Ce motif équestre, rare dans la sculpture monumentale de la région, confère à ces colonnes une singularité qui dépasse largement leur modeste emprise au sol. Le visiteur attentif saura lire dans ces pierres la mémoire d'une architecture disparue : ces colonnes étaient jadis engagées dans le mur extérieur du collatéral nord du chœur, marquant l'entrée du déambulatoire de la grande nef. Autour d'elles gravitait tout un édifice majestueux, aujourd'hui évanoui, dont elles sont les seules gardiennes. La visite, brève mais intense, s'adresse aussi bien aux passionnés d'art médiéval qu'aux curieux de passage à Blois. Le contraste entre le cadre scolaire contemporain et la solennité de ces pierres vieilles de neuf siècles crée une expérience de visite singulière, presque intime, à mille lieues des foules des grandes châteaux de la Loire.
Architecture
L'ensemble conservé se résume à deux colonnes jumelles aux fûts cylindriques monolithiques, caractéristiques du roman ligérien de la seconde moitié du XIIe siècle, avec leurs chapiteaux à corbeille taillée dans un calcaire local probablement extrait des carrières du Blésois. Ces colonnes étaient initialement engagées dans la maçonnerie du mur extérieur du collatéral nord du chœur, à l'entrée du déambulatoire — position stratégique dans la circulation liturgique de l'édifice et dans la logique spatiale du chevet à rayonnement. Les chapiteaux constituent la pièce maîtresse de cet ensemble. Leur décor historiés représente deux cavaliers affrontés, motif d'une grande rareté dans la sculpture romane du Val de Loire, généralement plus encline aux entrelacs végétaux et aux figures de fantaisie. La composition, d'une lisibilité remarquable malgré les siècles, témoigne d'un atelier de sculpteurs maîtrisant parfaitement le registre narratif et le traitement du mouvement. Les corps des chevaux, les attitudes des cavaliers et la tension dramatique du face-à-face révèlent une influence possible de l'art roman poitevin, réputé pour ses façades équestres. La retombée de voûtes que supportaient ces colonnes laisse imaginer la hauteur et la complexité du système de couverture de ce déambulatoire disparu. L'ensemble, bien que fragmentaire, permet de restituer mentalement une architecture soignée, d'une échelle significative pour une ville de la taille de Blois au Moyen Âge.
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Map
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