
Ancienne église de Monthault
Vestige roman du XIIe siècle niché à Romorantin-Lanthenay, l'ancienne église de Monthault séduit par son portail plein cintre aux dents de scie et ses chapiteaux sculptés de figures grimaçantes d'une expressivité saisissante.

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History
Au cœur du Loir-et-Cher, dans la ville royale de Romorantin-Lanthenay, se dresse discrètement l'ancienne église de Monthault, témoin de pierre d'un Moyen Âge encore vivace. Classée monument historique depuis 1936, cette église de plan rectangulaire offre un voyage dans le temps à ceux qui savent s'y attarder, loin des foules et des circuits touristiques balisés. Ce qui fait la singularité de Monthault, c'est la cohérence et la densité de son vocabulaire roman. Le portail occidental en plein cintre concentre à lui seul un programme sculpté d'une richesse remarquable : voussures rythmées de dents de scie et de rosaces, colonnes à chapiteaux historiés, et, surmontant le tout, une frise de corbeaux dont les visages grimaçants semblent surveiller le visiteur avec une ironie bienveillante. Cette sculpture populaire, à la fois naïve et expressive, est caractéristique du roman saintongeais qui diffusa son influence jusque dans les vallées de la Sologne. La façade nord révèle une seconde porte en plein cintre, plus sobre, flanquée d'une fenêtre encadrée de colonnettes cannelées en torsade — un motif décoratif d'une élégance inattendue pour un édifice rural. La façade sud, elle, porte les traces du temps long : deux baies en arc brisé témoignent d'une campagne de remaniement gothique au XVe siècle, moment où l'église fut probablement agrandie ou restaurée pour répondre aux besoins d'une paroisse en croissance. L'expérience de visite est celle d'une découverte intime. Loin des grandes cathédrales, Monthault invite à une attention portée aux détails : la texture du calcaire, le jeu de la lumière sur les chapiteaux, la lecture des visages sculptés. C'est un monument pour curieux, pour photographes en quête de cadrages insolites, pour amateurs d'art roman souhaitant s'éloigner des sentiers battus. Les environs, marqués par la douceur paysagère de la Sauldre et de la Sologne, complètent une halte qui mérite amplement le détour.
Architecture
L'ancienne église de Monthault appartient au type de l'église romane rurale à nef unique, de plan rectangulaire simple, sans transept ni déambulatoire. Cette sobriété du plan contraste avec la richesse ornementale de ses façades, caractéristique fréquente des édifices romans de la Loire moyenne où la sculpture extérieure concentrait l'essentiel du message symbolique. Le portail occidental constitue la pièce maîtresse de l'édifice. Composé de plusieurs voussures en plein cintre, il est orné d'une alternance de dents de scie — motif géométrique d'origine normande largement adopté dans le roman ligérien — et de roses sculptées. Les deux colonnes qui l'encadrent sont surmontées de chapiteaux historiés, dont la sculpture, bien que soumise aux aléas du temps, conserve une lisibilité remarquable. Les corbeaux placés en bandeau au-dessus de la porte, sculptés de faces grimaçantes ou de figures fantastiques, ajoutent une dimension expressive et populaire à l'ensemble. La façade nord présente une porte en plein cintre plus simple, accompagnée d'une fenêtre encadrée de colonnettes cannelées en torsade, motif décoratif d'une grande finesse qui témoigne du savoir-faire des tailleurs de pierre locaux. Les deux baies gothiques de la façade sud, en arc brisé, signalent la transition vers le XVe siècle et introduisent une verticalité nouvelle dans la composition. Les matériaux employés sont ceux de la construction locale : le tuffeau calcaire du Val de Loire, pierre tendre propice à la taille et à la sculpture, qui donne à l'édifice sa teinte dorée caractéristique.


