Ancienne commanderie de Malte, actuellement musée Reattu
Ancienne commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem reconvertie en musée d'art, le musée Réattu dévoile à Arles une architecture médiévale majestueuse abritant des dessins de Picasso et l'œuvre du peintre Jacques Réattu.
History
Au cœur d'Arles, à deux pas du Rhône et des arènes romaines, l'ancienne commanderie de Malte offre l'une de ces rencontres rares où l'histoire militaire et religieuse du Moyen Âge se fond dans la vivacité de l'art contemporain. Ses hautes murailles de pierre ocre, ses voûtes gothiques et ses galeries Renaissance forment un écrin saisissant que peu de musées français peuvent revendiquer. Ce qui rend ce lieu véritablement singulier, c'est la superposition de ses vies successives : forteresse-hôpital des chevaliers hospitaliers, résidence aristocratique, puis sanctuaire des arts. Ici, les salles aux proportions généreuses rappellent leur vocation première d'accueil et de soin, tandis que les collections exposées dialoguent avec la pierre dans un anachronisme parfaitement assumé. Le musée abrite notamment les 57 dessins offerts par Pablo Picasso en 1971, collection exceptionnelle qui fit du Réattu l'un des premiers musées français à exposer le maître espagnol de son vivant. La visite s'articule autour des œuvres de Jacques Réattu, peintre arlésien néoclassique du XVIIIe siècle qui acquit la commanderie après la Révolution et en fit son atelier. Ses grandes toiles mythologiques et allégoriques côtoient des collections de photographie contemporaine, faisant du musée un carrefour temporel entre le Moyen Âge, le XVIIIe siècle et notre époque. Le cadre architectural lui-même constitue une œuvre à part entière. Les cours intérieures, les escaliers à vis, les chapelles voûtées et les terrasses surplombant le Rhône invitent à une déambulation contemplative que les musées installés dans des bâtiments modernes ne peuvent offrir. La lumière méditerranéenne, tamisant à travers des fenêtres en plein cintre ou des meurtrières, confère à chaque salle une atmosphère particulière. Arles, ville au carrefour de toutes les Méditerranées, magnifie encore ce monument classé Monument Historique depuis 1958. Photographes, amateurs d'histoire médiévale, passionnés de peinture néoclassique ou curieux du génie de Picasso y trouvent chacun leur bonheur, dans un monument qui a su rester vivant sans jamais trahir son âme.
Architecture
La commanderie de Malte d'Arles présente une architecture composite, fruit de sept siècles de remaniements superposés sur un noyau médiéval. L'ensemble se développe autour d'une cour intérieure selon un plan massé caractéristique des commanderies hospitalières urbaines, où la nécessité de défense s'allie à celle de représentation. Les murs porteurs en grand appareil de pierre de taille calcaire, typique de la région arlésienne, confèrent à l'édifice sa robustesse et sa couleur chaude. Les élévations médiévales conservent des traces de la construction gothique : arcs en ogive, voûtes en croisée d'ogives dans la chapelle et certaines salles basses, contreforts discrets intégrés au volume général. Les remaniements Renaissance du XVIe siècle sont particulièrement lisibles dans les galeries et les fenêtres à croisée de pierre ornant certaines façades. Un escalier monumental à vis, typique de l'architecture civile de la période, dessert les étages et témoigne du souci de dignité résidentielle propre aux commandeurs de cette époque. Les cheminées sculptées et les décors intérieurs portent la marque d'un style provençal influencé par les courants italianisants qui traversent alors la région. La situation du monument, à l'angle du boulevard des Lices et du Rhône, lui confère une position topographique remarquable. La terrasse ménagée en surplomb du fleuve offre une vue sur le Grand Rhône qui constitue à elle seule une expérience mémorable. La chapelle intégrée au corps de logis, aux proportions sobres et à l'acoustique naturelle remarquable, rappelle la double vocation militaire et spirituelle de tout édifice hospitalier. L'ensemble, classé dans son intégralité, illustre avec cohérence l'évolution d'une architecture au service d'un ordre international pendant près de six siècles.


