
Ancienne chapelle du Petit-Saint-Martin, actuellement annexe de l'Ecole des Beaux-Arts de Tours
Discrète et précieuse, cette chapelle gothique flamboyant du cœur de Tours traverse cinq siècles d'histoire avant de devenir un écrin vivant pour les arts. Un joyau méconnu, classé Monument Historique.

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History
Nichée dans le tissu urbain de Tours, l'ancienne chapelle du Petit-Saint-Martin constitue l'un de ces monuments que l'on découvre presque par hasard, et dont on ne ressort pas indemne. Construite entre le XIVe et le début du XVIe siècle, elle incarne trois générations de savoir-faire gothique tourangeau, depuis les premières voûtes en ogive jusqu'aux fioritures caractéristiques du style flamboyant qui triomphe dans la région à l'aube de la Renaissance. Ce qui rend ce lieu singulier, c'est précisément cette stratification architecturale : chaque siècle y a laissé une empreinte lisible, faisant de la chapelle un véritable manuel de pierre de l'évolution du gothique en Val de Loire. Les amateurs d'histoire de l'art y trouveront matière à une lecture attentive des élévations, des fenêtres et des détails sculptés, où se mêlent la rigueur du gothique méridional et la légèreté ornementale du XVe siècle. Aujourd'hui reconvertie en annexe de l'École des Beaux-Arts de Tours, la chapelle connaît une seconde vie particulièrement heureuse. Cette cohabitation entre le patrimoine médiéval et la création contemporaine génère une atmosphère unique : les voûtes anciennes résonnent du travail des étudiants, et l'espace sacré d'hier accueille expositions, ateliers et présentations pédagogiques. Peu de monuments peuvent se vanter d'une telle continuité de vocation — servir, siècle après siècle, à l'élévation de l'esprit. La visite offre une expérience intimiste, loin des foules qui se pressent sur les grandes châteaux de la Loire. Ici, l'histoire se découvre à voix basse, dans la pénombre dorée d'une nef qui a traversé les guerres de Religion, la Révolution et deux guerres mondiales sans perdre son âme. Pour le visiteur curieux, c'est l'occasion rare d'approcher l'architecture religieuse médiévale tourangelle dans son contexte vivant et quotidien.
Architecture
L'édifice appartient à la grande famille du gothique flamboyant ligérien, ce style caractéristique de la Touraine et de l'Anjou qui développe, entre la fin du XIVe et le début du XVIe siècle, un répertoire ornemental d'une finesse exceptionnelle. La nef, de plan simple et allongé, typique des chapelles conventuelles et paroissiales urbaines, est couverte de voûtes en ogive dont les nervures rayonnantes traduisent l'évolution stylistique sur deux siècles de chantier. Les fenêtres à remplages flamboyants, caractérisées par leurs soufflets et mouchettes sinueux, constituent l'un des ornements les plus parlants de l'édifice. Les murs, vraisemblablement en tuffeau — cette pierre calcaire blanche et tendre qui fait la signature architecturale du Val de Loire et se prête merveilleusement au ciseau du sculpteur —, présentent une belle régularité d'appareillage. Le tuffeau, poreux et lumineux, confère aux intérieurs tourangeaux cette clarté laiteuse si particulière, que les éclairages contemporains installés pour les usages de l'École des Beaux-Arts viennent subtilement souligner. Les contreforts extérieurs, sobres et fonctionnels, rythment les façades latérales sans chercher l'effet spectaculaire des grandes cathédrales. À l'intérieur, la transition entre les campagnes successives de construction se lit dans les chapiteaux et les culots sculptés, où le végétal stylisé du gothique rayonnant laisse progressivement place aux crochet et feuillages naturalistes du style flamboyant. Les premières décennies du XVIe siècle introduisent quelques discrets éléments à l'antique — médaillons, pilastres amorcés — qui trahissent la contamination renaissante caractéristique des ateliers tourangeaux de l'époque de François Ier.


