Ancienne Bergerie ronde
Ultime bergerie ronde des Landes de Gascogne, ce joyau discret en forme de fer à cheval révèle une architecture pastorale unique, possible héritière des traditions de pèlerinage compostellan.
History
Nichée dans la commune de Goualade, en plein cœur de la Gironde méridionale, l'Ancienne Bergerie ronde est un édifice qui défie les catégories ordinaires du patrimoine rural français. Loin des châteaux et des cathédrales, c'est ici une architecture du quotidien, celle des bergers et des grands troupeaux, qui s'est hissée au rang de monument historique — non par hasard, mais parce qu'elle est l'ultime survivante d'un type d'édifice désormais disparu du paysage landais. Ce qui frappe d'emblée, c'est sa silhouette insolite. Le bâtiment adopte la forme d'un fer à cheval, vestige de ce qu'était jadis un plan parfaitement circulaire, tronqué au XIXe siècle lorsque les grands troupeaux de moutons disparurent avec le boisement progressif des Landes. Sa mutation en écurie, étable et hangar à charrettes témoigne de la formidable adaptabilité des bâtisseurs ruraux face aux bouleversements économiques et paysagers de leur époque. L'expérience de visite est celle de la découverte silencieuse. Pas de foule, pas de boutique souvenir : juste un bâtiment qui parle, à qui sait l'écouter, des siècles de transhumance, de laine et de vent dans les pins. Les treize travées rayonnantes de la charpente, convergeant vers un point central imaginaire situé dans la cour, créent une géométrie intérieure saisissante, presque mystique dans sa rigueur. Le cadre landais amplifie cette impression d'isolement et d'authenticité. Les forêts de résineux qui ceinturent la commune rappellent précisément la transformation du paysage qui condamna cette bergerie à sa reconversion. Venir ici, c'est traverser des couches d'histoire rurale française que les grands monuments effacent souvent : celle des hommes ordinaires, de leurs bêtes et de leurs savoir-faire architecturaux transmis sur des chemins de pèlerinage.
Architecture
L'édifice repose sur un principe constructif d'une grande originalité pour l'architecture rurale française. Initialement annulaire, le bâtiment adopte aujourd'hui la forme d'un fer à cheval ouvert sur une cour intérieure, conservant néanmoins la logique radiale qui définissait le plan d'origine. Le mur extérieur, aveugle et robuste, est constitué de moellons de pierre calcaire locale assemblés à joints de mortier, formant une paroi continue qui donnait à l'édifice sa résistance aux vents dominants de l'Atlantique. Côté cour, la structure adopte un vocabulaire constructif radicalement différent : une ossature de poteaux en bois repose sur des blocs de pierre taillée, réliés entre eux par des murets bas soutenant une cloison de planches. Ce contraste entre l'extérieur minéral et l'intérieur mixte — pierre, bois, planche — est caractéristique de l'architecture vernaculaire du Bas-Médoc et du Bazadais, qui adapte ses matériaux aux fonctions et aux expositions. La charpente constitue le chef-d'œuvre technique de l'ensemble. Ses fermes rayonnent depuis un point central fictif situé dans la cour, créant treize travées en éventail couvertes de tuiles creuses canal, typiques de l'architecture méridionale. Cette organisation rayonnante, directement héritée du plan circulaire originel, génère une géométrie intérieure à la fois fonctionnelle — chaque travée pouvant accueillir un animal ou un lot de moutons — et visuellement remarquable, évoquant les croisées d'ogives d'un chapiteau roman à l'échelle de l'architecture rurale.


