Ancien pavillon de chasse
Joyau octogonal niché au cœur de la forêt de Dreux, ce pavillon de chasse du comte d'Eu (1756) surgit à la croisée de huit routes forestières comme un signal d'élégance classique planté dans les bois.
History
Au carrefour de huit allées forestières, là où les veneurs se donnaient rendez-vous avant la curée, s'élève depuis 1756 l'un des pavillons de chasse les mieux conservés de l'Eure-et-Loir. Né de la volonté du comte d'Eu, seigneur de la forêt de Dreux et maître du château d'Anet, cet édifice octogonal incarne la façon dont la noblesse du XVIIIe siècle sublimait ses loisirs cynégétiques en architecture de prestige. Ce qui frappe d'emblée, c'est la sobriété géométrique de l'ensemble : huit pans égaux couronnés d'un terrasson en plomb, cerné d'une balustrade de pierre qui découpe le ciel des futaies. Le bâtiment repose sur un léger talus circulaire — une scénographie savante qui le hisse légèrement au-dessus de la canopée environnante et lui confère une présence presque théâtrale, soulignée par quatre emmarchements disposés en croix. L'intérieur réserve une belle surprise : le rez-de-chaussée s'ouvre sur une salle unique, vaste et lumineuse, où une cheminée d'angle et un escalier à vis encloisonné cohabitent avec une économie de moyens caractéristique du style classique provincial. À l'étage, quatre petites chambres polygonales rappellent que le pavillon était bien un espace de vie — discret, fonctionnel, conçu pour accueillir le maître et ses invités entre deux équipées dans les taillis. La forêt elle-même fait partie du monument : depuis les allées cavalières qui convergent vers lui, l'édifice se dévoile en perspective, comme un point de fuite architectural dans un paysage dessiné au cordeau. Photographes et amateurs de patrimoine forestier trouveront ici un sujet de choix en toute saison, particulièrement à l'automne lorsque les feuillages de la forêt de Dreux enflamment le cadre.
Architecture
Le pavillon d'Abondant est un édifice octogonal de plan régulier, caractéristique des pavillons de chasse de l'époque classique qui privilégiaient la symétrie rayonnante pour des constructions situées au cœur de carrefours forestiers en étoile. Surélevé sur un talus circulaire et accessible par quatre emmarchements disposés aux points cardinaux, il manifeste une volonté de mise en scène monumentale malgré des dimensions relativement modestes. La toiture en terrasson de plomb — forme spécifique de toit-terrasse à faible pente, ceint d'une balustrade de pierre taillée — témoigne d'un vocabulaire architectural emprunté à l'architecture classique française du milieu du XVIIIe siècle, entre influence mansardienne et sobriété provinciale. Le rez-de-chaussée abrite une salle unique de plan octogonal dont un angle est occupé par une cheminée, élément de confort indispensable pour les journées de chasse en saison froide. L'escalier à vis encloisonné, disposé en face de la cheminée, dessert l'étage et permet d'accéder jusqu'au terrasson, offrant vraisemblablement un belvédère sur les allées forestières environnantes. À l'étage, l'espace est subdivisé en quatre petites chambres polygonales, solution habile pour loger les invités tout en respectant la contrainte géométrique du plan octogonal. Les matériaux employés — pierre de taille de la région, menuiseries classiques, plomb pour la couverture — reflètent les standards de la construction noble de province sous Louis XV.


