
Ancien mur d'enceinte de la ville
Vestige médiéval enfoui au cœur de Blois, la Tour Beauvoir dresse ses murs en moellons depuis le XIIe siècle. Ancien donjon seigneurial devenu prison jusqu'en 1945, elle incarne neuf siècles d'histoire judiciaire et défensive.

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History
Nichée dans l'enceinte de l'ancien couvent des Cordeliers, la Tour Beauvoir constitue l'un des témoins architecturaux les plus anciens et les plus discrets de la ville de Blois. Loin de l'éclat du château royal qui domine la cité, cette massive construction médiévale en moellons parle une langue plus austère et plus brute — celle du pouvoir féodal, de la justice comtale et de l'enfermement. Ce qui rend ce monument véritablement unique, c'est la densité de son histoire : en un seul édifice de plan presque carré, se superposent l'héritage d'un lignage seigneurial disparu, les fonctions successives de donjon défensif, de siège de justice, de prison médiévale puis contemporaine. La Tour Beauvoir n'est pas un monument que l'on contemple de loin — c'est un monument que l'on ressent, dont les murs épais semblent conserver la mémoire de tous ceux qui y furent retenus captifs pendant près de sept siècles. L'expérience de visite est celle d'une plongée dans l'épaisseur du temps. Chaque niveau, accessible par un escalier ajouté postérieurement, révèle une pièce unique, sobre, presque dépouillée — un dépouillement qui était précisément la marque des architectures carcérales médiévales. Les murs portent encore, çà et là, les traces de vies oubliées : graffitis, entailles, stigmates de l'occupation prolongée. Le cadre environnant enrichit la visite d'une dimension supplémentaire : les bâtiments de l'ancien couvent des Cordeliers, transformés en prison en 1806, enveloppent la tour d'une atmosphère particulière, à mi-chemin entre le recueillement monastique et la rigueur pénitentiaire. À quelques pas du centre-ville animé de Blois, cet ensemble constitue une halte hors du temps, précieuse pour qui cherche à toucher la matière vive de l'histoire.
Architecture
La Tour Beauvoir présente un plan approximativement carré, caractéristique des donjons romans et gothiques primitifs du Val de Loire. Construite en moellons de calcaire local — matériau omniprésent dans la construction médiévale blésoise — elle développe un rez-de-chaussée, deux étages et un comble, pour une hauteur modeste qui suggère que le bâtiment a été dérasé à une époque indéterminée, vraisemblablement lors de l'une de ses nombreuses transformations fonctionnelles. La toiture à pan unique, peu inclinée, confirme cette hypothèse d'une élévation originelle plus importante. L'organisation intérieure est d'une radicalité remarquable : chaque niveau ne comprend qu'une seule pièce, sans communication directe entre les étages par un escalier interne. Cette disposition, typique des donjons défensifs les plus anciens où l'accès contrôlé de chaque niveau constituait en soi un dispositif de sécurité, a nécessité l'adjonction postérieure d'un escalier logé dans un bâtiment annexe accolé à la tour. L'absence d'escalier originel interne est l'une des particularités techniques les plus intéressantes de l'édifice. Les murs en moellons, d'une épaisseur conséquente, témoignent des techniques de construction du XIIe-XIIIe siècle, alliant robustesse structurelle et économie de moyens. L'ensemble, enclavé dans les bâtiments de l'ancien couvent des Cordeliers, ne se laisse pas lire aisément depuis l'extérieur, ce qui en accentue le caractère mystérieux et préservé. Les ouvertures d'origine, étroites et rares, rappellent la double vocation militaire et carcérale qui fut celle de la tour pendant la quasi-totalité de son existence.


