ancien hôtel Saint-Astier
Au cœur de Périgueux, l'hôtel Saint-Astier recèle un escalier Renaissance d'une élégance rare : colonnes superposées, arcs rampants et caissons sculptés composent un chef-d'œuvre de pierre classé depuis 1923.
History
Dissimulé dans le tissu urbain dense du vieux Périgueux, l'ancien hôtel Saint-Astier est l'un de ces joyaux discrets que la ville de la Vézère sait si bien garder secrets. Construit au XVIe siècle dans la grande tradition des demeures aristocratiques périgourdines, il appartient à cette floraison d'hôtels particuliers qui marqua la Renaissance dans le Sud-Ouest, au carrefour des influences italiennes venues par la Garonne et des traditions constructives locales. Ce qui distingue absolument l'hôtel Saint-Astier dans le patrimoine régional, c'est son escalier intérieur : une pièce d'architecture Renaissance d'une sophistication remarquable, développée autour d'un puits de lumière de forme irrégulière. Loin de l'escalier monumental que l'on imaginerait dans un château royal, celui-ci déploie sa grâce sur trois côtés d'un quadrilatère asymétrique, faisant de cette irrégularité même l'une de ses singularités les plus attachantes. Les colonnes superposées aux angles, coiffées de chapiteaux recevant les retombées d'arcs rampants, témoignent d'une maîtrise technique et d'un sens esthétique dignes des meilleurs ateliers de la Renaissance française. Le visiteur attentif lèvera les yeux pour admirer les dessous des paliers : de grandes dalles de pierre décorées de nervures et de caissons savamment composés forment un plafond ornemental d'une grande finesse. Les corbeaux qui supportent le bandeau mouluré encastré dans les murs sont sculptés d'écussons et de motifs décoratifs variés, autant de signatures muettes des artisans et commanditaires de l'époque. Chaque détail parle d'un commanditaire cultivé, familier des modèles italiens diffusés par les traités d'architecture du temps. Visiter l'hôtel Saint-Astier, c'est s'immerger dans la Périgueux de la Renaissance, ville prospère où négociants, magistrats et hommes de loi rivalisaient de faste dans leurs demeures urbaines. À quelques pas de la cathédrale Saint-Front et des ruelles médiévales du quartier du Puy-Saint-Front, ce monument invite à une lecture sensible de la ville comme palimpseste architectural, où chaque façade cache une histoire.
Architecture
L'hôtel Saint-Astier s'inscrit dans la tradition des hôtels particuliers Renaissance du Sud-Ouest français, caractérisés par une façade sobre sur rue et une organisation intérieure plus généreuse, tournée vers une cour. Les matériaux employés sont ceux du Périgord : la pierre calcaire locale, d'un blanc chaud qui prend des teintes dorées sous le soleil d'été, et qui se prête admirablement à la sculpture fine des motifs décoratifs. L'escalier constitue indéniablement le cœur architectural et artistique de l'édifice. Développé dans un quadrilatère irrégulier — particularité rare qui lui confère un caractère presque pittoresque —, il déploie ses volées sur trois côtés, le quatrième côté formant un long palier d'accès aux appartements. Aux deux extrémités de ce palier, des colonnes superposées se dressent au sommet des angles, leurs chapiteaux recevant les retombées des arcs rampants et les plate-bandes cintrées. Ce dispositif, à la fois structurel et ornemental, témoigne d'une culture architecturale affirmée et d'une maîtrise de la stéréotomie (l'art de tailler la pierre) digne des meilleurs ateliers de la Renaissance française. Les dessous de paliers, traités comme de véritables plafonds à caissons ornés de nervures, offrent un spectacle inhabituel dans ce type d'escalier urbain. Les corbeaux sculptés d'écussons et d'ornements divers qui soutiennent le bandeau mouluré encastré dans les murs ajoutent une dimension héraldique et décorative précieuse pour l'histoire des familles qui occupèrent les lieux.


